
Le rap évolue ! Son changement ne vous convient pas ? Les directions musicales vers lesquelles il se dirige vous laissent sceptique ? Pour vous rassurer, vous tentez de vous consoler sur des forums en espérant ne pas être le seul à penser ceci ? Vous ne croyez plus aux artistes et en leurs capacités à vous surprendre ou à diversifier ce genre musical en évolution ? Si vous vous reconnaissez ici, il se peut que vous soyez en pleine dépression auditive. Pas de panique, je pense avoir un remède pour guérir vos maux. En guise d'antidote, je vous prescris le second opus de Beat Assailant.
Ayant laissé nos tympans vierges depuis le jazzy et éléctro Hard Twelve sorti fin 2005, le natif d'Atlanta se devait de revenir avec du neuf rapidement. Un condensé de hip hop, d'électro, de soul, de rock et de sonorités jazzy sont les composants de ce nouveau projet baptisé Imperial Pressure. De cette « pression impérieuse » accumulée durant les sessions d'enregistrement résulte un composé solide, puissant et extrêmement efficace. Son auteur affirme que ce disque est « encore plus abouti musicalement que le premier ». De quoi redonner du baume au cœur de certains…
Le traitement auditif commence dès que le contact entre le bouton « play » de votre chaîne hi-fi et votre doigt est effectué. Attention, plusieurs effets notoires ont été remarqué, il est donc nécessaire de vous en avertir :
« The good news » peut provoquer tout d'abord chez l'auditeur une profonde sensation d'enthousiasme et de relaxation avant d'enchaîner sur une phase d'euphorie le temps d'un « Better than us » atomique. Sur cet instrumental saccadé et rythmé, Beat Assailant prouve que la qualité de ses chansons n'est pas due uniquement à ses musiciens. Il vient donner ici une véritable leçon de technique parmi les guitares, les saxophones et les drums ahurissants de ce titre. Dans la même verve délirante, on retrouve le titre « Crash », morceau que l'on imagine parfaitement taillé pour la scène.
Votre rythme cardiaque redescend un temps soit peu pour laisser place à quelques sonorités jazzy le temps d'un « Interlude » qui introduit de la meilleure des façon « Payback » dont le refrain saxophones / scratch n'est pas sans laisser indifférent.
Votre remède commence à faire son effet ? Il ne devrait plus tarder à vous transporter. Après un début d'album très énergique et entraînant, on arrive à ce qui est peut être LE titre de ce disque. Véritable chef d'œuvre musical, « Charlie White » reprend merveilleusement « Soul of a city » d'Anthony King et place alors le rap sur une toute autre dimension. Dès lors, le pouvoir musical ôte les mots de la bouche et nous fait comprendre que le hip hop peut encore surprendre et s'ouvrir vers d'autres styles. Là est bien la qualité de cet opus. L'hétérogénéité qui en ressort est susceptible de séduire un public aussi large que les genres musicaux explorés.
Majoritairement orientés jazz, les titres « 4080 part 1 & 2 », « Didn't call » et « Jump out Boyz » possèdent néanmoins une vibe hip hop marquée par l'omniprésence des basses. Par ailleurs, un côté éléctro se fait remarquer sur « BA's back » ainsi que sur « Be Still ». Un peu à la manière des The Roots, Beat Assailant et sa troupe confectionnent une musique tout aussi envoûtante sur scène que sur disque. « The Bad news » est porteuse de mauvaises nouvelles. Votre traitement auditif touche à sa fin et ses tempos apaisants vont bientôt se terminer.
Chers mélancoliques et nostalgiques d'une époque, vous venez de subir, peut-être sans vous en rendre compte, une musico-therapy. Il est rare dans le paysage rapologique actuel de tomber sur une telle richesse musicale dans un disque. Pour la difficile épreuve du deuxième album, Beat Assailant a misé sur la carte de l'hétérogénéité et de la diversité des genres. Pas uniquement destiné aux amateurs de rap mais de musique en général, Imperial Pressure saura à coup sur satisfaire son auditeur.
Vous pouvez maintenant être rassurés, certains artistes seront toujours là pour faire perdurer la musique et la renouveler. Cependant, il est important de suivre les prescriptions car comme tout remède, il n'est pas sans effet indésirable. Dans l'attente d'une guérison totale, vous prendrez une dose trois fois par jours jusqu'à ce que le troisième album arrive…