
J'ai entendu dire "ouais la westcoast française ça pue", "regardez-moi ces ringards", "v'la le copié/collé", "trop risible", "pas crédible du tout", etc etc... Hey mon pote ils le savent bien que Paris c'est pas Compton hein! Faut voir la chose sous un autre angle : Le Hip Hop en France a longtemps, trop longtemps même, tourné en rond en falsifiant les productions de la scène new-yorkaise. Heureusement que depuis certains ont pris l'initiative, et pour le plaisir des amateurs, d'apporter une brise fraîche en provenance de la côte californienne en s'inspirant des grands classiques G-Funk. C'est bien beau de critiquer, mais c'est qui qui tout jeune balançait déjà ses bras en 94 à la boom organisée dans le garage d'un pote au rythme des Tchi Tcha lancés par Kayse et Sanders du groupe Reciprok? Hein! L'esprit et l'ambiance house party du courant commençait tout juste à venir tapisser le paysage du rap hexagonal, et ce n'était qu'un début. Évidemment les histoires de gangsters qui nous sont raconté outre-Atlantique nous semblent plus véridiques que celles de nos quartiers que nous narrent les rappeurs français, et pourtant il y a partout des imposteurs. "Un vécu ca pousse pas sur un morceau" peut on entendre au début de "47 façons". Difficile de les déceler, mais que les détracteurs et médisant se rassurent, real recognize real, on a l'album qu'il vous faut pour vous convaincre qu'en France aussi on a de vrais (anciens) activistes qui retranscrivent avec habileté la réalité de la rue via le studio.
Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans (ou plus même) ne peuvent pas connaître, car le Southcide 13 c'est une bien longue histoire... En direct du XIIIème arrondissement aka Chinatown, du côté de la cité Simone Weil et des Olympiades, BG Lolo et OGK font partie, ou plutôt ont fait partie de ces bandes qui s'affrontaient violemment durant les années 80/90 et qui avaient surtout pour but de chasser les skinheads de Paris. Si on les écoutait, ça serait tout l'historique des évènements qui s'y sont déroulés qu'on entendrait (sur le rétrospectif "Chasseurs" vous vous rendrez bien compte de la tension et de leurs faits d'armes). Les pavés, ils les ont suffisamment arpentés pour s'en rappeler comme si c'était hier. Le phénomène des gangs prend à l'époque une tout autre proportion, et est qualifiée par les journaux comme une manifestation guerrière et "nationaliste" de cette société d'anti melting-pot. Nostalgique de certaines ambiances d'antan ou retraçant par bouts leur vécu au détour des morceaux de Du Berceau à la Tombe (dont la pochette est un hommage au classique Real Brothas de Bg Knocc Out & Dresta), ces deux anciens membres de la Mafia Trece, dont il reste fidèlement lié comme en démontre "Mafia Trece Family", nous font partager leur univers avec force et émotion.
Ceux qui se souviennent de Album de Famille savent l'énorme potentiel verbal d'OG Kim et Lolo, mais la rencontre avec notre Dj Quik national alias Aelpéacha va se révéler déterminante. Le producteur et membre du C.S.R.D. a intégralement réalisé ce nouvel album dans son sudio Delaplage, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'après nous avoir déjà bien fait plaisir avec son Val II Marne Rider, il est ici carrément au zénith de son art. Musicalement solide et superbement travaillé, les samples funky comme sur l'excellent "BB Gangster" vous subjuguent et vous accompagnent soigneusement dans les dires des deux rappeurs. Ghetto-blaster à la main, le rap français a poussé dans ces années 80 avec entre autre des groupes tel les Alliance Danger Public n°1, liés au Ducky Boys, et OG Kim le sait très bien puisqu'il posait déjà ses premières lignes pour l'hymne des chasseurs "Red Boys" en 85. L'album vous fait transpirer de part la façon dont est dépeint leur environnement, au travers de titres comme "En Mission" ou "Ma Peine Ma Rage" ainsi qu'au travers des interludes efficaces, bref du gangsta rap français pur et sincère comme on en a rarement entendu.
On passe également de bon moment, nettement plus détendu, sur l'excellentissime "La Fessée Déculottée" (dans la lignée d'un "Y'a pas que la Chatte") en hommage aux jeunes demoiselles avec cette phrase déjà culte et hilarante qui reste ancrée dans la tête se chantonnant comme une banale track populaire. Danger! A l'écoute du disque vous entrez en "Territoire SC", capitale des narco, zone de non-droit (ou seul le droit de la fermer est permis) bercée d'histoires critiques en tout genre, la famille leur gang pas plus nombreux que leurs 5 doigts, rêvant toujours d' "Un Jour Meilleur avec Driver, BG Lolo et OGK délivrent des récits poignants qu'on suit avec attention et des citations significatives qui ne laisse pas indifférentes. La rue est tellement sale qu'elle est gravée sur leur bras, seul la mort apaisera leur haine et leur peine. C'est un beau jour pour partir, un beau jour pour mourir...