
« Attention, chef d'œuvre ». Peut-être qu'un sticker de cette teneur n'aurait pas été de trop sur le package de cet opus pour informer chaque acheteur potentiel de son contenu. On ne présente plus Oxmo, l'alchimiste des mots, grandiloquent et « charismatique pratiquant du rap magique ». Pyromane de la flamme au sein de son Opéra Puccino, ce poète romantique des temps modernes revient nous annoncer une bien triste nouvelle : L'Amour Est Mort. Simplement pour avoir trop vécu, ou abattu, la passion semble en effet éteinte, à l'image d'un artwork sans couleur, esquissé au passé. Pièce maîtresse dans l'œuvre du Grand Oxmo, cet opus joue le contre-pied parfait, délavé dans les intentions, il est loin de l'être dans le propos, et la puissance des mots vient ici heurter de plein fouet la simplicité des idées. Ou quand la candeur d'un Art maîtrisé se met au service de la beauté d'une musique composée sans arrière pensée (mais pas sans y avoir pensé).
A tout seigneur, tout honneur, comment ne pas commencer par l'une des pépites dont regorge cet album de maître ? Morceau comptant parmi les plus nobles et les plus réussis du rap français, « J'ai mal au mic » résonne comme la preuve de l'attachement profond d'Oxmo à son Art. Ecrit avec une majesté presque banale, cette composition de choix voit se dénouer les idées au gré de l'entrelacement des mots. Avec un refrain simplement mythique, Oxmo affirme l'union sacré du rappeur et de ses textes. Passé la contemplation d'un tel monument, la visite pourrait paraître bien fade. C'est grandement sous estimer les ressources de Pucc', qui multiplie les tours de magie, comme lorsqu'il sort de sa manche « Le Laid », et sa métaphore filante, ou lorsqu'il nous invite pour « Le Tango des Belles Dames ». Tant de justesse et d'efficacité dans les mots, même quand un hymne pourtant piégeur se présente : « Ghetto du Monde » surfe encore sur une vague de simplicité couronnée d'efficacité. « Demain Peut-Être », « L'Amour est Mort », « Décembre 19.97 », le ton sent le désenchantement, mais le cœur bat toujours, surtout lorsqu'il est prêt des mots. Les maux s'en vont alors, et Dany Dan stupéfait sur l'extraordinaire « A Ton Enterrement ». Rival de choix, effectivement, pour un Oxmo maître à bord, Dany Dan vient hausser le niveau en gardant le ton juste. « La Valse de Jéricho », « Premier Suicide » ou « Souvenirs » renforcent le passéisme et la nostalgie qui teinte le portrait d'un Oxmo dépourvu d'illusion. C'est de cette forme de disparition que surgit pourtant la création ultime pour le rappeur le plus doué de sa génération, celui survole les époques en pavant sa route de classiques. Si certains titres rompent tout de même avec la tendance générale (le dispensable « Balance la sauce », avec les Toulousains Dadoo et Diesel de KDD), l'ensemble repose toutefois sur des bases solides (« Fais-le pour moi », « Boule de neige 2001 ») et forger pour résister à l'épreuve du temps.
Froid à la première approche, ce manifeste lancé par Oxmo ravive sans conteste la passion entre un public et sa musique. Adroit jusque dans le non-sens volontaire, Oxmo Puccino abat ses cartes et collectionne les atouts. Avec L'Amour est Mort, son opus le plus abouti, sans doute, Puccino s'invite au banquet des grandes plumes de la musique française. Une écriture intemporelle, des hymnes à la vie jetés en pâture aux idées noires, voilà qui pourrait retranscrire une telle Œuvre, si les mots suffisaient à dégager l'essence de la musique de l'incontournable Puccino. Nul ne sait si l'Amour a survécu, mais après une telle déclaration, il pouvait clairement mourir heureux.