Première Classe vol.1

Photo de Première Classe ©

Première Classe

Les Sessions Rap Français Haute Fidélité

Publié le lundi 17 mars 2008 par Raging Bull
Imprimé le vendredi 16 mai 2008

1999, année faste pour le rap français. Alors que la scène française se polarise nettement, le clivage Paris/Marseille s'estompe de manière surprenante, de son côté. L'axe Secteur Ä/Côté Obscur se renforce même à grande vitesse, et les collaborations et autres échanges de politesse ne tardent pas à proliférer (Stomy et Passi sur Sad Hill, IAM sur le premier opus de Pit Baccardi, Akhenaton à la production et au micro sur l'album de Passi, etc.). C'est dans ce contexte de changement de cap pour l'ensemble des acteurs du rap français que la page se tourne sur certaines rivalités historiques, nourries au chauvinisme et à la querelle de clocher. Sur la page blanche suivante, les premières empreintes posées sont ainsi communes, affirmant l'union sacrée d'une partie de la scène française. Première Classe, adossé au label Secteur Ä, « c'est juste 5 gars » (Pit Baccardi, Patou, Stéphane, Jacky et Ben-J), « rassemblant plein d'gars », histoire de redistribuer les cartes du rap hexagonal.

Quand on dispose du carnet d'adresse des instigateurs de ce projet, on s'offre forcément un plateau de choix. Bénéficiant des productions de Djimi Finger (le beatmaker maison), les commandants de bord n'ont ainsi pas hésité à réunir du (très) beau monde autour de leur projet un peu fou. L'excitation n'est pas feinte à la vue de certaines combinaisons relevant presque du doux rêve avant l'annonce de la compilation. On s'emballe donc lorsque débarque la nouvelle école (bientôt dix ans, hein…) sur « Atmosphère Suspecte », soient Lino, Le Rat Luciano et Don Choa pour une combinaison de feu et des rimes d'anthologie (« FF, Ärsenik / Plus rien ne va si les gars qui font cet art se niquent »). Même cause, même conséquences avec le monument « Animalement Vôtre » (réunion de découpeurs au sommet conviant rien de moins que Kéry James, Rocca, Shurik'n et Hamed Däye), le conquérant « L'Art de la Guerre » (Akhenaton, Ärsenik et Pit), ou encore le duel des fines lames opposant Oxmo Puccino et Passi dans un « Nautilus Black December » mémorable. « On fait les choses » intègre également la catégorie des meetings de poids lourds, puisque les Neg'Marrons, Lystik, Rohff et Baccardi y croisent le fer avec brio. Tous les protagonistes ne sont pourtant pas des têtes d'affiche, mais certains intervenants encore méconnus alors viennent faire le métier comme des légionnaires convaincus. C'est le cas de Fdy, ou encore de MC Jean Gab'1 qui prêtent main forte à Delta, notamment, pour un « Paraît qu't'es hardcore » énervé comme il faut. Fabe guide pour sa part Eben et Mokodaf 2 sur un « 24 heures » de qualité, alors que Tekila, L'Skadrille et Marginal envoient tout ce qu'il peuvent sur « Nos cœurs saignent ». La jeune garde du rap français apparaît ici aux côtés de ses aînés et ne faiblit pas. Même si les sensations de la compilation restent les valeurs sûres de la sélection, les moins aguerris des participants ne sont pas en reste et confirment le bon élan du rap hexagonal.

Sous la houlette du clan Première Classe, ce volume 1 des Sessions P.C. apporte son lot de morceaux d'anthologie, et introduit des artistes en quête de reconnaissance. Mêlant les expériences dans un ensemble cohérent et bien produit, la sauce prend sans véritable baisse de régime. Une compilation de premier choix, donc, dont la finalité n'est autre que de proposer une démonstration de force du crew Särcélite, de ses ramifications et de ses alliances. Un déballage réussi, même si le temps à un peu pousser vers les oubliettes le projet et bon nombre de ses participants (dans le sens où il ne s'agit pas d'une compilation Hostile bis, quoi que les intentions l'en rapprochaient peut-être).

Version imprimable tirée du site www.Rap2k.com
RAP2K.COM © Toutes reproductions totales ou partielles sont interdites