
Tout le monde sait que la scène rap français ne se limite pas qu'à Paris et Marseille mais il est souvent difficile de s'intéresser à ce qui se passe en dehors des grandes agglomérations, et un public trop localisé – aussi fervent et fidèle soit-il – ne suffit pas au développement d'un artiste/groupe à l'échelle nationale. À force d'entendre un rap qui s'enferme dans son propre ghetto, c'est en traversant la Province que l'on finit par faire des découvertes. Après les orléanais d'Antipode, on continue alors notre tour de France du Hip Hop avec une étape dans la ville d'Angers. Le groupe rap représentant le 49 s'appelle Nouvel R, et cette formation est composée de sept membres : 4 MCs (Sseca, Geni-k, Binzen et Koni), 1 human beat-box (Shen-roc), 1 bassiste (Paîpaî) et 1 DJ/producteur (DJ Dox). Avec Hybride (Yotanka/Discograph), Nouvel R peut apporter avec ce premier album l'effet papillon d'un second souffle que beaucoup attendaient.
Dans cette bouffée d'air frais s'envole un « Grain de folie » qui d'entrée donne confiance à l'auditeur et qui dit dans notre esprit « nous on fait du Hip Hop pur jus et moderne avec des thèmes conscients ». C'est le morceau de présentation d'un album déjà mature musicalement, avec un style unique en leur genre qui les démarque immédiatement du reste du milieu rap. Les magnifiques samples de musique classique et aussi musique de film prédominent (surtout les ‘R' de violons), la basse côtoie les beats cousus main pour créer un côté semi-acoustique et moderne, des sonorités électroniques et diverses parsèment l'ensemble, avec un supplément de scratches ou de beat-box, « Voilà le concept ». Niveau MCing, le quartet de rappeurs maîtrise leur art de la narration et se distingue chacun par leurs voix respectives, avec ceci dit des flows qui seraient perfectibles si leurs tons étaient moins monocordes. Leur premier extrait « Bouts de tissu » décrit bien leur démarche hautement contestataire envers le système judiciaire avec ce brûlot qui rappelle ce vieil adage que l'habit ne fait pas le moine. L'usage de la boucle de violon sur ce single en dit long sur la qualité de leurs productions.
Nouvel R voue une passion entière pour le Hip Hop, et ils le font savoir par une profession de foi (« Bahdido »). Une part d'humour se glisse singulièrement sur Hybride lorsqu'ils ironisent sur le bizness de l'industrie du disque par une critique du rap formaté « A vendre » et des rappeurs qui font de l'alimentaire. Mais en dehors de cette parenthèse amusante, il n'y a pas de temps pour la rigolade. L'air frais de cet opus devient froid limite glacial et l'ambiance âpre, comme sur « Journée noire » et le cruel « Victime », qui ne fait aucun cadeau aux assistés. De temps à autre, la musicalité se disperse vers du jazz à l'ancienne (sur « Ni salaud, ni saint ») et du folklore typiquement franco-franchouillard (« Whoops » s'achève sur l'accordéon). Après, chacun pourra en dire ce qu'il veut, néanmoins ce qui est sûr, c'est que Hybride n'est pas ton album de rap français classique, mais du vrai Hip Hop français en bonne et due forme, nuance…