Rockferry

Photo de Duffy ©

Duffy

Soul sulfurique

Publié le mardi 25 mars 2008 par Nass'
Imprimé le jeudi 24 juillet 2008

L'artiste que nous allons vous présenter crée un véritable phénomène en Grande-Bretagne. Elle est apparue comme ça, d'un seul coup de baguette magique prenant de cours la tranquillité et l'assurance de la scène musicale anglaise. Une tempête s'est donc abattue sur les charts anglo-saxons comme la métaphore de conditions climatiques difficiles dans lesquelles baigne le Pays de Galles, tanière qui a vu naître cette rayonnante jeune femme âgée de 23 ans à peine qui, par la force du destin, se devra de se défaire de cette analogie fortuite qui lui est automatiquement endossée, à savoir celle d'Amy Winehouse.

Oui, on vous voit déjà venir à jouer le jeu des comparaisons sur ce qui aura la plus belle voix, sur qui adoptera l'attitude la plus explicite, etc. Sauf que si cette fâcheuse tendance à faire des rapprochements entre deux chanteuses qui ont bon nombre de points en commun semble sur le papier naturel et compréhensible, il en va pas de même une fois que l'on insère le premier projet solo de la belle dans la platine : des références à la Folk, un virage à 180° vers la période faste des Sixties. Voilà ce qu'est Rockeferry, un brassage de l'époque Motown relevé par un salut évocateur envers des personnalités mythiques de la trempe de Scott Walker, Doris Duke ou encore Bettye Swann. De ce goût assumé pour la Pop dans sa vision la plus généraliste couplée avec l'hommage de la Soul sous sa forme la plus vénérable se crée sous nos yeux ébahis cet album Rockeferry.

Bernard Butler (ex-membre de Suede) a abattu un travail titanesque sur la production, on ne peut que s'incliner devant une orfèvrerie qui se compose en majeure partie de violons vertigineux qui sont des appels clairs au dépaysement et à l'évasion. D'un « Stepping Stone » immersif où la chanteuse lâche tout ce qu'elle garde en elle au plus profond de son cœur et mettant ainsi son compagnon face à ses responsabilités en passant par « Hanging On Too Long » gorgé de cordes et de sa rythmique addictive à souhait, on ne sait plus trop ce qu'il faut admirer le plus : la voix ? Elle s'exprime toute en légèreté et en douceur même si la technicité ne peut égaler celle de son adversaire (On arrête les comparaisons c'est promis !), la production ? Un ingénieux mélange de Soul acide sublimé par ces passages de violons traumatisants. Il est tout aussi inconcevable de passer sous silence le dantesque single « Mercy » responsable de l'ascension subite de Duffy dans les Charts. L'énergie qui se dégage du titre est difficile à expliciter vu la vague musicale que l'on doit affronter, Duffy est juste magique sur ce titre et se fait plaisir c'est certain, bref un must !

« Warwick Avenue » teinté de cette envie de liberté est un excellent témoignage d'une fille qui a vécu la majeure partie de son enfance isolée au point de décider un beau jour de tout démolir et de partir découvrir le nouveau monde. Cette illumination et cet éveil à l'environnement qui l'entoure se retrouvent de visu dans ses textes, mais aussi de manière plus intimiste dans sa façon de chanter. On pourrait illustrer cette constatation sur le sublime « Distant Dreamer » mitraillé par les roulements de tambours qui viennent renforcer un discours fascinant en terme de porté idéologique, bref on assiste abasourdis à une avalanche auditive…

Un quasi sans fautes donc pour une chanteuse qui est en passe d'ici quelques années de devenir l'une des plus grandes interprètes de la Soul moderne. Bref, la scène anglaise en cache des secrets et c‘est avec une impatience difficile à dissimuler que l'on attend une nouvelle occasion de retourner dans le climat venteux et tempéré du Pays de Galles. Parfois le temps maussade, ça a du bon…

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