Money Run

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Bad Azz

Bad Azz

Publié le jeudi 18 mars 2004 par TJB
Imprimé le mercredi 03 décembre 2008

Aucuns des obstacles laissés par ses pairs sur son parcours ne l'atteindront, le rappeur de Long Beach, Bad Azz tente d'atteindre le green d'un ‘par 3', en un seul coup. Son dernier projet date de l'époque où il était signé sur Doggy Style Records de Snoop Dogg. Pour "Money Run", le rappeur est passé vers un label moins notoire mais disposant d'un réseau fiable de distribution au sein de la Bay.

Cette fois-ci, l'homme de main responsable est Big Hollis de Sacramento, il gère aussi bien la direction du projet que la production musicale. Les pièges de ce système «autocrate » pour la production d'un album sont de nos jours évidents : la musique n'est pas assez variée et riche, le producteur est isolé et perd sa maîtrise quand il tente de se diriger dans des territoires inconnus. Sur "Money Run", une seule piste rentre dans cette dernière catégorie, on regrette cependant que Big Hollis ait essayé d'adopter la formule des Neptunes sur "Checking All The Spots".

"Money Run" n'a aucune difficulté à couvrir toutes les bases d'un album prometteur : pour la bringue, la rue et les médias, sans jamais négliger la si importante touche Westside essentielle aujourd'hui pour un artiste de la côte Ouest. Bad Azz pose sur ses instrumentaux avec sa facilité habituelle, sa voix animée exprimant toujours un vrai soin pour les sujets et les thèmes dans ses rimes. Même en étant matérialiste, Bad Azz partage son sentiment que tout ne tourne pas toujours 'autour du fric' par exemple, dans "If it's Hot", il pourrait rivaliser aisément avec Baby de chez Cash Money, un titre pour les chaudes soirées, et ce n'est pourtant pas un thème récurrent à l'exemple de "It's a Party" un autre morceau qui apparemment traiterait d'autres choses.

Dans un genre Soul, "Ghetto", présente Bad Azz comme la version West Coast de Talib Kweli, la voix crayeuse, le regard déconcertant sur les rouages de la société. "My Street" a un thème semblable mais formaté comme un mélodrame. Néanmoins, à la différence d'autres albums de ce genre, "Money Run" n'est pas à doubles tranchants. En 2003, "le lil homie Bad Azz" n'est autre qu'un rappeur, rien de plus, rien de moins. Son job est de faire du fric et de donner un sens à son vécu. Autant qu'il peut, Bad Azz essaye de rester raisonnable.

En dépit de cette pause occasionnelle pour la pensée, "Money Run" est en premier lieu un CD fait pour être joué à volume élevé, et de préférence dans un secteur résidentiel pour citer un skit célèbre de "Chronic". L'intro est presque parfaite, ‘Faîtes vos jeux, c'est la course vers la fortune'. "If it's Hot" et "Money Run" possèdent une production digne de n'importe quelle production de Daz Dillinger, "California Sunshine" sample efficacement "Tom's Diner" de la chanteuse country Suzanne Vega, enfin "Come and Get It" et "It's a Party" sont gonflés G-funk mais pourraient aussi bien passer pour des tubes R&B. Le tout possède une finition fidèle à l'artiste, les invités de marque sont la plupart du temps limités à son propre crew.
Pour seulement 45 minutes, le CD n'est pas trop long, et fait de "Money Run" une expérience plus transparente que son prédécesseur. Dans le processus on regrettera le lyrisme de Bad Azz, un peu simpliste comme la plupart des titres qui dominent actuellement les ondes hertziennes. Son talent de compositeur se remarque sur le titre "Groupie", une prestation un peu gâchée par les rappeurs invités prenant inutilement de l'espace. Sur Groupie, aidé par le chanteur Terrell Charretier, il caricature une jeune fille : "affamée d'argent, un peu mignonne mais ne sachant pas utiliser sa beauté…"

Bien que ce disque ne réinventera certainement pas la sauce West Coast, il demeure très agréable et reste un opus accrocheur conseiller pour les amateurs du genre.

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