
Les émissions de télé réalité ont suscité bien des débats passionnés, entre les intellectuels de la communication qui se bousculent au portillon pour donner leurs avis jusqu'au simple téléspectateur lambda fasciné par cet accès si facile (en apparence) à la gloire, on peut difficilement affirmer que cette vague médiatique n'a pas définitivement modelé le paysage audio-visuel. Mais ne dit-on pas que les médias ne sont que le simple reflet de la société ? De cette constatation limpide, les médias ont donné naissance à des tas de productions plus ou moins sujettes à controverse. Mais s'il y a bien un concept qui fonctionne à merveille, c'est celui de sélectionner les nouveaux talents musicaux qui vont venir s'emparer du marché et donc se disputer la part du gâteau de l'industrie. Bon d'accord, souvent les chanteurs qui remportent ces émissions ne font qu'une apparition bien éphémère dans le milieu mais n'oubliez pas que des noms comme Ruben Studdard ou Mario Vasquez ont su tirer leur épingle du jeu dans l'épreuve American Idol… Après la déclinaison américaine de la Nouvelle Star, c'est au tour de la version anglaise X Factor (qui a lancé une certaine Joss Stone) de nous dévoiler sa grande gagnante de l'édition 2006 : Leona Lewis.
Il faut le faire pour avoir réussi à attirer l'attention de tout un pays puisque le premier single enregistré avant la sortie du disque « A Moment Like This » s'est vendu à plus de 600 000 exemplaires chez nos voisins, un vrai raz-de-marée qui a pris de cours tous les analystes. Après ce succès, Leona décide d'émigrer aux Etats-Unis pour mûrir et surtout (et c'est la raison principale) s'abreuver des méthodes les plus adéquates pour créer un lot de potentiels singles. Que ça plaise ou non, les Américains ont un sacré savoir-faire en matière de tubes et pour le coup, notre amie ne s'est pas gênée puisque elle a entièrement blindé son Spirit de poudre à canon avec la complicité des grands manitous que sont Jr Rotem, Doctor Luke (Mos Def, Avril Lavigne, …), Dallas Austin (Janet Jackson, Boys II Men) etc. Maximiser les chances de truster la première place des charts mondiaux semble avoir été la préoccupation première lors de la réalisation du disque et il semblerait qu'effectivement, cette stratégie agressive porte ses fruits car l'opus s'est déjà vendu à plus de 2 millions d'exemplaires à travers le monde.
Y'a pas à dire, ce Spirit est gorgé de bonnes intentions : de belles thématiques traitées (l'amour, le parcours relaté lors de sa candidature), une voix chaleureuse et puissante qui rappelle avec nostalgie les hauts standards de ces cantatrices qui ont fait de l'émotion leur cheval de bataille (Whitney Houston, Céline Dion, Mariah Carey) et une attitude de la belle qui interpelle (de l'innocence, un semblant de calme et de quiétude). Concernant le travail en tant que tel, oui c'est du bon boulot et on devrait même avancer ce soulagement que l'on ressent à l'écoute de cette galette. Bon, il est clair que ce premier essai est très (trop ?) facile à écouter, il n'y a pas à proprement parler d'accrocs ni de prises de risques qui viendraient sublimer l'ensemble au fil des rotations mais en soit, cet effort est en tout point salutaire. Du bon « Bleeding Love » (écrit par Ryan Tedder de One Republic) qui saigne vos radios, des up tempo « Angel », « Yesterday », « Better In Time », rien à ajouter c'est gentillet, agréable à savourer.
L'autre gros plat de résistance de Spirit, ce sont ses ballades qui sont malheureusement trop nombreuses, certes cette faiblesse aurait pu être évitée si ces moments normalement empreints de rêves étaient en tout point remarquables, il n'en est pas vraiment question ici car autant la voix est vraiment sublime et conforte Leona Lewis dans sa place de future espoir, le choix de mettre uniquement en avant le piano est un parti pris très discutable. Cet élément est intéressant car il assoit automatiquement l'émotion d'une musique mais à force d'écouter que ça sur plus de 7 titres, on sature très vite. « Homeless », « I Will Be », « Here I Am » … Toutes ces ballades sont intéressantes mais l'ennui qui découle de l'adoption d'un schéma identique de réalisation s'éclaircit de plus en plus. Et puis, les chœurs viennent aussi desservir en apportant paradoxalement de la surenchère plutôt qu'un appui émotif supplémentaire.
A 22 ans à peine, Leona est toujours dans une phase qui lui empêche de choisir convenablement la voie qui lui conviendrait le mieux. Munie d'une voix superbe, d'une attitude intéressante, elle n'a pas besoin de précipiter les choses mais plutôt de se contenter à réfléchir et à améliorer son univers. Au temps présent, Spirit nous reflète l'image d'une artiste en pleine construction et qui n'attend que de trouver les bonnes clés pour transformer son potentiel en diamant pur. Avec l'argent récolté grâce à son succès, la balle est désormais dans son camp…