
Difficile de sortir indemne du Space Opera Deltron 3030 qui est sûrement l'un des plus mémorables albums concept de notre temps. Une vision pessimiste de notre futur façonnée comme un roman de science-fiction grâce aux beats inoubliables du producteur sino-américain Dan The Automator « Nakamura » et de DJ Koala, Deltron 3030 confirmait une nouvelle fois que Del The Funky Homosapien naviguait dans un Hip Hop expérimental où l'électronique et l'humour restaient sa marque de fabrique loin de la violence véhiculée par son cousin Ice Cube dans sa période NWA. Del a tous les attraits de ces artistes qui évoluent dans la clandestinité la plus totale mais qui, une fois qu'ils sont découverts par l'auditeur lambda, se dévoilent sans aucune pudeur en émergeant de l'ombre. Il faut savoir qu'en s'alliant avec le groupe/label The Hieroglyphics, il a donné naissance à des purs joyaux de l'underground comme Both Sides Of The Brain où il étale ses épopées vidéoludiques ou encore l'excellent Future Development. Après 8 ans de coma et une bifurcation sur le cultissime "Clint Eastwood" des Gorillaz, le MC déluré fait donc son grand retour sous le label avant-gardiste Def Jux avec Eleventh Hour.
Le flow de Del ne fait pas que des adeptes, celui-ci a au fil des années gagné en apesanteur en se détachant des productions electros-funky qui lui sont chères. Sa signature sur Def Jux ne l'empêche pas de rester fidèle à ses racines musicales où la fascination pour la science-fiction est un élément essentiel qui doit primer. En grosse partie produit par ses soins, Eleventh Hour nous offre des productions tantôt funky (« Back In The Chamber », « Bubble Pop »), tantôt fantastiques (« Hold Your Hand » et son ambiance synthétique inimitable). Mais là où le bât blesse c'est dans cette fâcheuse tendance à proposer des productions trop dépouillées alors que leur architecture de base semblait de prime à bord très intéressante comme « Foot Down » ou « Workin' It ». Clairement, Del ne semble pas réitérer le coup de génie de l'univers sophistiqué qui a façonné le personnage qui l'est aujourd'hui. J-Zone lui vient sauver les meubles en réalisant un « Funkyhomosapien » du plus bel effet qui imbrique l'électronique et le Funk. Pour rester dans les très bons moments de ce disque, citons un « Naked Funk » addictif à souhait, le magnifique « Last Hurrah » qui combine judicieusement une atmosphère cinéphilique avec un gros coup de semonce électronique gorgé d'une voix pitchée et « Raw Sewage » qui introduit le disque avec un clin d'œil au Live de Glen Gloins au Parliament de 1978 sur le titre « Mothership Connection »… Avant que les soucoupes volantes ne viennent gâcher la fête ! (L'imaginaire travaillera de lui-même avec les saxophones agressifs).
Alors il est bon le Del version 2008 ? On est mitigé à vrai dire, si l'homosapien reste éveillé lyricalement, il n'en est pas de même pour la qualité de ses productions. Certes, sa voix si caractéristique nous fait rappeler inconsciemment la magie Deltron 3030 mais ce n'est pas en nous proposant une œuvre aussi timorée que les avis seront automatiquement dythirambiques. Pour se consoler, on peut se dire que Eleventh Hour n'est qu'un encas, une sorte d'exutoire qui nous permettra d'attendre (non sans une certaine impatience) la suite des aventures visionnaires du Deltron 3030. Le rendez-vous est pris pour 2008 si tout va bien…