
Non content de nous avoir bien empiffré le crâne du tube interplanétaire « Crazy » extrait de l'album intitulé St. Elsewhere, Cee-Lo Green et Dangermouse ont décidé de remettre le couvert avec The Odd Couple qui, comme son nom l'indique bien, nous fait rappeler que les 2 membres de Gnarls Barkley n'ont presque rien en commun. Pourtant de cette différence évidente est apparu l'un des plus gros succès de l'année 2006, preuve en est que le duo a fonctionné à merveille en nous abreuvant d'une musique en totale contradiction avec la variété ambiante. La donne est claire : réitérer la performance de leur premier opus en poussant l'impact musical à un niveau encore plus insaisissable.
Chroniquer un album des Gnarls Barkley est un véritable cauchemar, car on ne sait pas par où commencer et, surtout, on est automatiquement subjugué par cette fascinante méthode qu'applique le DJ Dangermouse à jongler avec une quantité effroyable d'influences différentes. De ce cocktail réjouissant où Dangermouse récolte des sons plus inattendus les uns que les autres, il réalise de vrais petits miracles en terme de production pure et dure. On se surprend à entendre la fameuse ligne de guitare des Westerns Spaghetti (qui sera un thème repris judicieusement par Quentin Tarantino) « Charity Case », ici on est catapulté dans l'ambiance des plus grands films de guerre où l'on partage le temps d'un court répit des affrontements, les soirées bien arrosées des soldats « Surprise » ou on décide de rester seul à voir un Cee-Lo Green partir vers des cieux plus cléments « Going On ». The Odd Couple est pour ainsi dire dans la grande majorité composé que de potentiels futurs tubes, n'y voyez pas une constatation péjorative loin de là puisque l'une des forces des Gnarls Barkley, c'est de contenter tout le monde… De l'auditeur lambda bercé par les paillettes de la sphère radiophonique jusqu'aux mélomanes exigeants en quête perpétuelle du Saint Graal. Voilà ce qu'est le combo Cee-lo/Dangermouse, une approche réfléchie de la musique pour rendre celle-ci abordable à tous.
Bien sûr nous retrouvons les mêmes recettes saupoudrées avec ingéniosité de la première œuvre : la façon qu'à Cee-Lo d'amadouer les plats raffinés de son compère (« Surprise »), la complexité des productions toutes plus ingénieuses les unes que les autres, etc. Cependant, il est bon de rappeler que le fantôme « Crazy » plane sur The Odd Couple comme la confirmation que ce nouveau disque n'est que le prolongement, la suite logique de St. Elsewhere. Ce constat mis de côté, on se réjouira encore une fois à se laisser bercer par les chœurs gospel de « Going On », de se morfondre dans la force salvatrice de « Run », de retrouver les « ooh-aah » (expulsés par expiration par les choristes) qui sont un hommage rendu au « Chain Gang » de Sam Cooke.
Cette nouvelle itération du couple nous dévoile aussi 2 moments exceptionnels que sont le superbe « She Knows » et sa flûte envoûtante et le profond « Who's Gonna Save My Soul » qui transpire la soul par litres entiers : Got some bad news this morning /Which en turn made my day /When this someone spoke I listened /All of a sudden has less and less to say /Oooo how could this be /All this time I've lived vicariously /Who's gonna save my soul now/Who's gonna save my soul now /How will my story ever be told now /How will my story be told now. Qu'on les rassure tout de suite, les Gnarls Barkley n'ont rien perdu de leur souffle soul et ils viennent renforcer leur stature d'OVNI de la musique en nous offrant une sorte de « suite » au désormais incontournable St. Elsewhere. Les Gnarls Barkley sont donc des intervenants insaisissables de la musique, car ils ne répondent jamais de manière identique à une charte stricte, ils s'aventurent dans une dimension parallèle qui mérite de rester protégée par l'industrie ne serait-ce que pour garantir l'arrivée de nouvelles ogives avides de nous combler une nouvelle fois.