
Il n'y a décidément pas qu'en L1 que Marseille se porte bien (avec la chance que j'ai, l'OM va se manger des claques pour les derniers matchs, alors je m'excuse d'avance). Niveau sortie dans les bacs, la cité phocéenne garde depuis quelques semaines un bon cap (Freeman, Keny Arkana...). Et Black Marché, issu de l'underground marseillais compte également marquer les esprits avec leur second projet solo : « Fais 13 Attention » (leur premier album était « Au Quart 2 Tour »).
Cette mixtape (en réalité un pré-album destiné à préparer le terrain avant la sortie de leur premier opus) regroupe 17 titres sur lesquels apparaissent de nombreuses personnalités du rap français : Alonzo , Kalash l'Afro, Rim-K, Léa Castel, Six Coups Mc ou encore Seven pour ne citer qu'eux. Très belle prestation d'Alonzo d'ailleurs sur le morceau « Fais 13 Attention » (cours fils de...) destiné aux forces de l'ordre. Pas franchement distingué, mais plutôt jouissif si l'on ne prend pas on compte le fond. C'est malheureusement ce que l'on peut reprocher au projet. Une fougue évidente, mais une carence textuelle sur certains morceaux. «(...) détonateur s'affiche et sa fiche la trouille, les riches trichent et on ramasse les douilles oui ma couille (...)».
Heureusement, Black Marché en a sous le pied et sait aussi manier les mots pour construire des rimes fouillées. Comme sur l'un des meilleurs morceaux du projet, Sarko Lanta. Un titre ouvertement anti-Sarko qui en filigrane s'adresse à l'État et ceux qui le constituent. « Faut prendre le taureau par les cornes et le pouvoir par les urnes, Marianne n'aura que ce qu'elle récolte, si elle nous casse trop les burnes ! » Un brûlot efficace qui illustre à merveille l'univers du duo, entre verve incendiaire et rage non contrôlée. Représentant en un mot d'une génération que le groupe dépeint sur « Génération Shmeta » ou de manière plus sensible et touchante sur « Ma Génération ».
La dureté ressort également de l'ensemble. On en prend conscience sur Hommes de Fer (apparition remarquée du Rat Luciano), sur une instru rugueuse teintée de mélancolie. On atteint le pic de l'album en gravissant « Entre dans le 13 ». Plus de 7 minutes d'hostilité et de punchlines sévères. On s'essouffle rien qu'en les écoutant... et on ne le sait pas, mais s'ils l'ont fait en one shot : chapeau ! C'est le morceau type prouvant l'énorme capacité des deux Mcs.
Un projet au combien ghetto. Oubliez le côté soleil et la douce vie de la cité phocéenne (c'est aussi ça, mais pas seulement... comme partout à vrai dire). Black Marché ne compte pas ouvrir d'agence de voyages ! Chroniqueur d'un quotidien, représentant d'une génération, les deux artistes mettent leur cœur sur chaque piste, souvent au dépend du fond. Mais l'interprétation étant leur point fort, on ne peut que saluer cette nouvelle sortie. Ce qui est rageant c'est qu'ils démontrent également sur quelques morceaux qu'ils peuvent parfaitement fouiller un thème et l'illustrer. Côtés rimes et écritures, du très bon et de l'un peu moins léché, mais c'est un peu le lot de chaque artiste. Et si l'on établit une comparaison des sorties en ce début d'année, Black Marché s'en sort plus qu'honorablement.
(Teddy)