
Qu'il est bon de découvrir des artistes aux multiples facettes, désordonnés (mais pas trop) et qui n'ont aucun scrupule à fouiner dans de nombreuses influences, quitte à rendre la formule indigeste dès qu'on s'y frotte pour la première fois. Jamie Lidell fait partie de ces spécimens adeptes de cette mentalité du « touche-à-tout » où la curiosité doit prévaloir dans chaque manifestation artistique. L'Anglais aime assumer le rôle de celui qui fait de la « Retro Soul » à l'instar de ce que nous avaient déjà expérimentés Amy Winehouse et Duffy mais à un niveau différent cependant, puisque dès le départ, Jamie préfère mettre de côté la démonstration sonore pour se prosterner devant les légendes de la Soul. Chaque morceau de ce nouvel objet solo sonne comme une étape supplémentaire dans la folie du chanteur, celle de pousser dans ses derniers retranchements le concept de mélanger du Jazz avec du Funk enjoué et une belle dose d'électronique largement entrevu sur la précédente pièce Multiply.
Tout en costume cravate, le visage à peine rasé et ses lunettes qui reposent sur une monture d'un noir très gras, Jamie Lidell en impose… Par son comportement jovial « Another Day » qui galvanise des chœurs Gospel lumineux, les cris des oiseaux se renforcent, Jamie sème des éléments positifs d'une pureté à en pleurer… On le sent que rien n'est laissé au hasard pour créer cette illusion de toucher les confins du bonheur, un sentiment qui se fait de plus en plus rare dans la vie, autant alors profiter de l'occasion pour s'approprier ce moment inestimable. Le même cas de figure se produit sur « Wait For Me », on reste dans de la Funk positive où le chanteur muni de son organe qui monte exclusivement dans les aigus nous régale à se déchaîner sur la rythmique rapide du piano. Il n'a aucun culot à se la jouer Sam Cooke sur « All I Wanna Do » qui a de curieuses similitudes du « A Change Is Gonna Come », mais il n'en reste pas moins que ce titre est un formidable voyage magnifié par les profonds coups de tambours et la guitare intimiste.
Vous vous en êtes sûrement rendu compte que Jamie apprécie revisiter l'héritage conséquent des grandes gloires de la musique américaine, mais aussi surprenant que cela puisse paraître, on a cette impression à l'écoute de Jim que le Monsieur évolue en échappant aux lois de la gravité, en concassant les apports des grandes gloires passées en les remaniant à sa sauce. Quincy Jones par exemple n'aurait pas rechigné à collaborer sur « Where D'you Go ? » tout comme le spectre Stevie Wonder qui hante « Little Bit Of Feel Good » à chaque note expulsée de l'harmonica. Heureusement, Jamie reste fidèle à ses débuts électroniques (c'est l'une des valeurs du label Warp Records) en donnant virtuellement la main à Jamiroquai « Figured Me Out » en lui empruntant le temps d'une chanson ses mimiques vocales. Soul, Jazz, Funk et maintenant Rock'n'Roll sur le décoiffant « Hurricane » composé de rafales monstrueuses libérées par un Jim qui en impose de par sa stature de Rockstar. Mais l'ossature de l'album ne repose pas seulement sur la Soul, elle parvient à puiser ses ressources dans d'autres domaines comme le prouve l'excellent « Out My System » qui s'ouvre sur des riffs de guitare volés au « I Shot The Sheriff » de Bob Marley et se conclut sur des chants du « Sympathy Of The Devil » des Roling Stones.
« Rope Of Sand » finit de nous achever avec son exploration dans la Nu-Soul la plus étincelante. Il est temps maintenant de faire les comptes et de déclarer que Jamie Lidell est parvenu en l'espace d'à peine 40 minutes à créer des ponts entre des maisons rivales que sont Stax et Motown, à lier Prince à D'Angelo… Vraiment, Jim est un animal instable qui ne répond à aucune logique stricte, préférant se complaindre dans son caractère têtu à ne pas rentrer dans le moule de ces artistes qui suivent un chemin en ligne droite d'une lassitude effrayante. Non, ici vous frappez chez un Anglais éveillé musicalement et qui a su trouver les outils fondamentaux pour ériger un album riche en enseignement et qui est blindé pour parcourir le temps et les générations sans réels accrocs. Un Monsieur qui n'est attentif qu'à une seule chose : croire en ses rêves et à rien d'autre.
P.S: Un grand merci à Dirty South sans qui cette chronique n'aurait jamais vu le jour