
Samedi soir, sur la plus belle avenue du monde, devant chaque boîte, sur chaque voie des Champs-Élysées, dans toutes les voitures qui roulaient fenêtres ouvertes ne retentissait qu'un seul son : « Molotov 4 ». Le retour de Sefyu s'est fait entendre jusqu'à l'artère la plus célèbre de Paris. Mais une fois la soirée achevée, c'est dans tous les casques que sortait ce lancinant et obsédant morceau, repris dans le métro et le RER par des gens de tous âges. Curieux... lorsque l'on se rappelle de l'accueil mitigé de ce titre et du second extrait, « Au Pays de Zehef ». Beaucoup s'empressaient de s'élever contre l'une des plus belles révélations de 2006, avant même d'avoir entendu le nouvel album dans son intégralité. « Suis-Je le Gardien de mon Frère ? » est désormais dans les bacs depuis une semaine et les avis sont pourtant toujours aussi partagés !
Rester indifférent face à un bonhomme comme Sefyu est tout bonnement impossible. Une voix gutturale comme on en entend peu, un charisme évident et un premier opus surprenant. Un style à part et une façon peu commune d'aborder le rap (la dissimulation de son visage lors de ses différentes apparitions, sa discrétion, son implication sociale...) ont fait de lui l'une des valeurs sûres du rap français. En témoigne l'attente qui a précédé ce nouvel opus.
Mais nous savons tous que si percer et se faire connaître est un chemin de croix, confirmer représente également un défi souvent bien compliqué. Il faut dire qu'après « La Légende », « En Noir et Blanc », « Sénégalo Ruskov »... l'opération était titanesque ! Mais Sefyu s'est lancé. Et ce nouvel album est loin d'être dénué d'intérêt. Moins rocailleux que le premier, sans pour autant sentir le bonbon, l'univers de l'artiste ne surprend plus, c'est vrai. Prévisible sur beaucoup de phases, on apprécie néanmoins les saccades et ce flow, qui fait de lui, ce Mc à part que tant apprécient. Alors non, vous n'aurez pas un second « Qui Suis-Je ? » Mais ça, vous deviez bien vous y attendre.
Côté morceaux marquant, Sefyu offre quelques perles comme, « Suis-Je le Gardien de Mon Frère », l'un des titres les plus efficaces de l'album. Il met en exergue la place que tient un grand frère dans la vie des plus jeunes. Mais au-delà de la simple considération familiale, il insiste bien sûr sur le rôle que les grands ont à jouer auprès des petits. Un exemple qui influence quoique l'on en dise les agissements des minots... Un morceau poignant qui trouve un écho bien plus fort sur « 3ème Guerre »... Ce titre nous amène après guerre. La reconstruction de la France, le débarquement sur le sol français de deux émigrés venus rebâtir le pays... « Hossein et Moussa vivent dans des foyers, pour jeunes travailleurs, immigrés sans moyen, classés par communautés, par pays, par couleur, Moussa ne vit qu'avec des noirs et Hossein avec des beurs, la France n'avait pas l'intention de les dépayser, l'objectif était de bosser et de ne pas les intégrer ! ». Ajoutez à ses paroles la conviction d'un artiste engagé et vous obtenez sans doute le titre le plus fort de l'album.
Sefyu se fait également rédacteur en chef sur « Le Journal » ! Il créé sa propre ligne éditoriale et vient délivrer son actu... ou comment il la voit. Il y relate également quelques vérités, dénonce certaines manipulations mises en place par les médias « Encore une vidéo de Ben Laden, enregistrée dans la cave de George Bush, ça fait de la peine... ». Bref, il se fait plaisir et vient déclasser le Figaro (notez qu'il n'a pas choisi Libé !). Sefyu se prend au jeu et s'octroie même un petit tour sur le petit écran. Proposant ainsi à l'auditeur un « vit ma vie » fort bien monté, sur le morceau « My Life » sur lequel on retrouve au refrain Jessica Celious.
À noter, côté guest, l'apparition (légère...) de Mr Joey Starr sur « Seine Saint-Denis Style Nouvelle Série » qui lance quelques cris et propose un refrain qui apporte tout de même une ambiance particulière au morceau, même si l'on pouvait en attendre plus. Pour le reste, Sefyu reste corporate, laissant place à son G8, RR, ST4...
Au final, si on arrive (dieu sait que c'est difficile…) à passer outre la comparaison, on reste séduit par l'ambiance, la voix, le phrasé du bonhomme et ses textes. Trop de rechargement de guns, trop de crrr crrr... Mais demanderait-on à Joey Starr d'arrêter ses cris si singuliers ? Ça fait partie du personnage. Sefyu offre un bon deuxième opus, blindé de textes profonds (« Sacs de bonbons », « 3ème Guerre », « Suis-Je le Gardien de Mon Frère ? », « C Pas Parce Que »...) et d'autres davantage axé sur les punchlines et la performance (« Molotov 4 »). Notons que Sefyu remercie son public sur l'un de ses titres. Assez rare pour être mentionné. Il tente une analyse sommaire de ceux qui constituent son public. Pour se faire, il reprend au vol ce que les autres disent de son public... et ce que lui voit lorsqu'on le rencontre dans la rue ou en concert ! Son public alors ? C'est un peu tout le monde, caillera, sportif, déglingos, étudiants, père de famille, collégiens... et à n'en pas douter, leur nombre n'est pas près de faiblir !