Just Me

Photo de Keith Sweat ©

Keith Sweat

La grande classe

Publié le jeudi 29 mai 2008 par Nass'
Imprimé le mercredi 03 décembre 2008

Emprunter le chemin de Keith Sweat équivaudrait à faire la rencontre de délicieuses femelles prêtent à faire n'importe quoi pour satisfaire vos pulsions animales. Un monde coloré de paillettes où l'argent n'est plus nécessairement un problème, la blancheur écarlate de la villa ne souffre d'aucune concurrence et que dire de la piscine dont la présence dans les clips est devenue une nécessité incontournable… Bon, outrepassons ce cadre flatteur à l'œil pour se souvenir que le roi Keith Sweat a survolé outrageusement la musique en régnant sans partage sur les charts américains. C'est grâce à lui que le courant « New Jack Swing » a pris naissance, ou plutôt officieusement avec la patte de Teddy Riley qui a expérimenté cette concordance entre Hip Hop et R&B sur le Make It Last Forever de l'artiste. Rajoutez des ventes à la pelle, une constellation d'artistes qui ont suivi son enseignement (Blackstreet, R. Kelly, En Vogue, Boys II Men, …), des découvertes de nouveaux talents… Et à ce moment-là vous aurez une idée partielle de l'étendue du monument que l'on vous présente ici.

Avec ce chanteur, on sait directement à qui on a affaire puisqu'on embarque dans ses albums pour un univers composé de grande classe, d'une sobriété éclatante et d'une dévotion largement explicite pour la gente féminine. Près de 6 ans après sa résurrection Rebirth en 2002, le crooner nous ouvre de nouveau (enfin, diront les fans de la première heure) les portes de son palace sous l'égide de son label Atco Records pour une nouvelle occasion de se laisser transporter par les sons slow jam. Just Me nous laisse découvrir un artiste en pleine possession de ses moyens, entendez pas là que Keith excelle à jouer le playboy en séduisant encore et toujours. Ballades langoureuses, un cadrage constant pour les sentiments amoureux relevés par des goûts qui penchent sur le sucré comme sur l'historique collaboration d'Athena Cage sur « Butterscotch ». Pour l'auditeur de passage, ce featuring est très bon et Athena laisse éclater un refrain des plus libérateurs, mais pour les inconditionnels du charmeur, Athena Cage est la protégée du chanteur depuis toujours, comprenez à l'origine du formidable hit « Nobody » sorti en 1996. Il ne faut pas tirer aussi vite un trait sur l'histoire qui a créé ce personnage mythique, l'apparition d'Athena Cage sur ce neuvième album en est la judicieuse illustration.

Produit entièrement par ses soins, le natif de Harlem a fait de l'excellent boulot sans pour autant révolutionner le R&B en profondeur, de toute manière ce n'est pas ce qu'on lui demande. Mais est-ce un défaut ? Certainement pas! À l'heure où ce genre est en berne, écouter en 2008 un disque de ce style qui se trouve in fine très agréable à parcourir est un luxe que peu d'acteurs du milieu peuvent réussir à égaler. Keyshia Cole multiplie les apparitions pertinentes sur le slow « Love You Better » quand Paisley Bettis fait un petit tour en pâtisserie le temps de choisir les viennoiseries les plus délicieuses « Suga Suga Suga »… Les partenaires féminines ont réalisé du très bon boulot! Il en est de même pour Keith qui pose sa voix de canard sur des slows à n'en plus finir, mais la construction est étrangement intelligente et sensée. On en veut pour preuve le sublime « What's A Man To Do » et son refrain entêtant ou encore l'électronique « Girl Of My Dream » qui fait partie de ces rares Mid Tempo de la galette. Du point de vue thématique, ce n'est pas la diversité qui est à l'avantage. En clair, on parle de relations amoureuses, de fascinations pour la femme, de sport de chambre plutôt explicite où il faut plutôt faire preuve d'endurance pour assurer (« Just Wanna Sex You »). La soul n'est pas laissée aux oubliettes, car il y a cette constante approche à l'hommage tout au long du disque dont le point d'orgue se matérialise par la reprise du « Lala Means I Love You » des Delfonics sur « Somebody ».

Keith Sweat nous revient donc avec un album de grande classe, très propre dans les résultats sans pour autant chercher à s'essayer à d'autres voies plus tumultueuses. Dommage d'en arriver à se satisfaire d'un produit qui aurait pu prétendre à viser plus haut… Mais bon, un roi, ça reste solidement accroché sur son trône. Vaut mieux pas jouer avec le feu en remettant en cause son histoire conséquente. Un classicisme assumé et visiblement largement transparent à l'écoute, mais le plus étonnant dans cette affaire, c'est que ça marche! La force tranquille, diront certains et ils n'auront pas tort.

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