
Non le groupe de la cité phocéenne ne se lance pas dans l'élaboration de la B.O d'une adaptation ciné des Mystérieuses Cités D'Or... Il faut dire que ce titre n'inspirera que peu de choses aux plus jeunes... Il s'agissait d'une série animée diffusée pour la première fois en 1983... c'est vous dire le peu de gens qui feront un parallèle entre ce dernier opus du groupe et ce manga qui aura marqué toute une génération. Pour ce qui est du pourquoi de ce titre... chacun pourrait avoir sa réponse, ou tout du moins une explication.
Que chaque cité recèle son lot de pépites, et ce, dans tous les domaines, il suffit de chercher. Qu'en creusant un peu chez quiconque on peut aisément trouver de l'or... Pour les Psy 4 De La Rime d'ailleurs, les amateurs n'auront pas eu à creuser bien loin. Et l'or est un métal précieux auquel ils sont habitués... Non pas que chacun des membres soient riche de lingots, mais leurs précédents opus, Block Party et Enfants de la Lune ont tous deux été certifiés disque d'Or.
Néanmoins après l'escapade solo de Soprano pour une longue psychanalyse, les rumeurs allaient bon train. Le groupe ne sortirait plus d'album... Les trois Mcs marseillais et leur architecte sonore reviennent pourtant sur le devant de la scène avec un album dans la même veine que les précédents. C'est peut-être ce qui rebutera ceux qui s'attendaient à voir débarquer du nouveau. Mais pourquoi changer ce qui plaît. Et puis, Psy 4 De La Rime, en plus d'être devenu bankable avec le temps est avant tout l'un des groupes les plus respectés pour sa constance. Même esprit depuis leurs premiers pas, fier représentant des Bouches-du-Rhône, dénonciateurs des maux qui secouent les quartiers (et pas uniquement à Marseille), rapporteurs des bons moments aussi, chroniqueurs d'une vie à laquelle chacun peut s'identifier et une authenticité qui transpire à chacune de leurs apparitions.
La première remarque lorsque l'on écoute l'album, c'est que l'on retrouve l'univers intact du groupe. Toujours la même énergie, Soprano se laisse peut être plus aller dans son interprétation (plus de partie chantée et de variation dans son flow) et ses deux compères assurent également un bon spectacle (sans oublier Sya Styles...). Le morceau les Cités D'Or ouvre le bal et annonce avec fracas le retour de la formation après une intro parlée, très cinéma, qui nous entraîne immédiatement dans leur univers. Et c'est parti. S'en suit Jeunesse France que vous n'avez pas pu éviter tant le titre tourne sur les ondes et les chaînes musicales. La Marseillaise pour introduction (le groupe peut se le permettre) et un titre lisse, mais efficace qui s'écoute facilement. Belle prestation de Soprano même si sa tendance a laissé maintenant (plus qu'avant) aller sa voix peut fâcher certains amateurs de rap (dit) hardcore et plus brut... mais au final, le résultat est agréable et chacune de ses envolés lyriques donne un petit plus au morceau.
Toujours empreint de messages, cet opus ne déroge pas à la règle. On retrouve de la tolérance (religieuse) sur l'interlude Le Message. Dans Reprendre c'est Voler, le groupe reprend une expression purement française (donner c'est donner, reprendre c'est voler) afin de dénoncer cette tendance fâcheuse de nos dirigeants à effacer le passé (colonisation) et la liberté que l'état offre pourtant par cette si belle devise : liberté, égalité, fraternité. « Désolé pour vous si notre liberté est en désaccord avec votre société, vous nous l'avez donné, pourquoi vous le regrettez ? Donner c'est donner reprendre c'est voler ! ». Un titre peu original en ce qui concerne le thème (privation de liberté) mais porté par la singularité de l'angle choisit par le groupe. Autre interprétation remarquée, Un Choix, sur lequel intervient au refrain Cheb Kassim (voix modifiée par vocodeur) et bien sûr À l'Ancienne featuring... Nate Dogg... Un très bon moment. Flash Back mémorable et un sample d'Hollywood Squares du Bootsy's Rubber Band qui offre un groove de folie à l'ensemble. Sans oublier que la fin du morceau se clôture par un merveilleux... « smoke Chicha every day » du plus bel effet !
En conclusion ? Un bon album, sans surprise. Moins de morceaux porteurs que sur les précédents opus, mais un projet complet, de la rudesse, sur l'excellent, Venez pas Chez Nous ou Le Zapping, du grand public d'une manière générale sur la plupart des titres (Les Cités d'Or, Jeunesse France, Inaya...), des instrus soignés et une ambiance particulière maintenue du début à la fin par les voix off et les interludes. Chapeau à Sya Styles, architecte sonore précis qui a monté (entouré certes, mais tout de même...) les fondations de ces Cités D'Or. Une énergie intacte, un style qui plaît ou qui déplaît, mais une ligne directrice que le groupe n'a jamais quitté. Attendons maintenant de les voir défendre ce nouvel album sur leur terrain de jeu favori... la scène ! (après le Vélodrome peut-être..)
Teddy