
Vous menez tranquillement votre vie tout en essayant, tant bien que mal, d'orienter le gouvernail dans la bonne direction. L'existence suit son cours et rien ne pourrait venir bouleverser ce quotidien omniprésent… Et puis un beau jour, c'est l'illumination ! Vous rencontrez l'amour de votre vie et le fruit de cette union laisse apparaître une petite « chose » qui va remettre en question un nombre conséquent de certitudes que vous vous étiez forgées auparavant (« Prayer For You » - Interlude). Ce changement psychologique vu comme une évolution des perceptions frappe les Hommes et du coup, Usher aussi. Cela pourrait expliquer le décalage de 4 ans entre son « Confessions » et cet album Here I Stand car on peut comprendre qu'il est délicat de gérer la dynamique du couple. Mais heureusement pour nous (et pour le milieu R&B surtout), Usher Raymond IV est quelqu'un de très résistant qui sait se défaire des pièges qui se trouvent sur sa route, d'autant que le Monsieur nous a toujours montré une image d'un ogre des charts et qui ne semble pas encore rassasié malgré son palmarès plus que monumental : 5 albums en 10 ans qui totalisent approximativement 30 millions de ventes dans le monde, ça laisse rêveur… Tout naturellement, la revendication d'être considéré comme une figure incontournable du genre tombe sous le sens car, et à moins d'être hermétique au bonhomme, il est dans la nature des choses pour un passionné de R&B de prendre le temps nécessaire en vue de l'analyser sous toutes ses coutures.
« Here I Stand » personnifie cette idée de voir son apport passé sous un autre point de vue, sous un regard nouveau avant de se lancer corps et âme dans la monogamie. Un constat illustré sur le titre éponyme de l'album qui a pour forme un très beau slow/piano où Usher déballe un discours passionné à sa tendre épouse. En fait, la majeure partie de ce disque s'oriente vers la mise en valeur du couple, d'idéaliser cette communion en variant les sentiments (amour véritable, passions diverses, déceptions…) comme sur l'utopique « Moving Mountains » (produit par Tricky Stewart & The-Dream) qui met en avant la souffrance amoureuse. « Something Special » (produit par Jermaine Dupri) montre un Usher conquis par les qualités de sa conquête avant de faire son mea culpa (« Before I Met You », produit par Bryan-Michael Cox) pour dire qu'avant il résonnait comme un petit voyou dont le top priorité était d'allumer les filles (…) On le croit évidemment, c'est du Usher ! Mais ne vous fiez cependant pas au titre de l'album (le changement, la transformation d'un homme…), ce serait tomber dans la naïveté, car on reste quand même dans du Usher pur jus comme le démontre le clip « Love In This Club » (produit par Polow da Don). La vidéo du single joue indiscutablement avec la nostalgie du titre « Yeah ! » avec les mouvements des éclairages qui rendent aveugles, la valorisation de la boîte de nuit et naturellement les filles qui vont avec, cela va de soit. En parlant de filles justement, le chanteur enfonce le clou en invitant Beyoncé et Lil'Wayne sur le remix du titre s'il vous plait, histoire de marquer le coup en affichant sa capacité de s'entourer du gratin du Hip Hop/R&B. « This Ain't Sex » (produit par Tricky Stewart et Jazze Pha), « What's Your Name » (produit par Will.I.Am) et « Appetit » (produit par Danja) sont des pièces qui démontrent que le natif du Tennessee n'a pas encore mis son appétit démesuré pour les femmes au placard. Le bougre a même le culot de s'afficher avec l'ex-président Carter Jay-Z sur l'étincelant « Best Thing » (produit par Jermaine Dupri), une collaboration bienvenue quand on sait que le jeune homme a posé sur le « Anything » du Kingdom Come… Un échange de bons procédés et c'est de bonne guerre.
Il est clair que la grosse machine Usher marche à plein régime à chaque sortie d'un nouvel album et, dans ces conditions, ça n'aurait pas été de refus de rajouter la qualité homogène en guise de bouquet final… Or malheureusement, il est forcé de constater que l'artillerie lâche rarement ses munitions sur les cibles adéquates puisque ce Here I Stand propose des morceaux qui essayent de contenter tout le monde : des sons pour les fêtards à tire l'arigot, d'autres moments exquis à destination des mélomanes plus « évolués » dirons nous comme « Lifetime » (produit par James Lackey), « What's A Man To Do » (produit par Stargate - cela n'aurait pas été de refus de virer cette sale ligne de synthé) et « Before I Met You ». Usher tente même de s'approcher, avec succès, de la Nu-Soul sur le titre éponyme de l'album « Here I Stand », une magnifique chanson qui nous fait rappeler que le jeune homme est doté d'un organe vocal efficace. Reste que cela fait peu en sachant que l'album renferme 18 titres au total… La faute serait à chercher certainement dans la liste interminable des producteurs et des associés au projet qui n'ont pas jugé bon de créer des productions un tantinet plus travaillées histoire de gravir les échelons qualitatifs. En l'état, on est plus devant un produit qui valorise les sons venant de la South que de vraiment chouchouter le contenu musical. Mais ce point est à relativiser quelque peu, car les fans d'atmosphères clinquantes seront largement récompensés, un excellent matériau pour flamber vos plus grandes soirées !
Finalement, il ne semblerait pas que la naissance de son enfant lui ait donné l'envie de révolutionner les codes et c'est fort dommage. Mais bon, mis à part ces réserves, Usher réalise un bon album R&B sans plus et qui ne représente pas toute la dimension du personnage. Voilà en tout cas un nouvel exemple qui nous enseigne qu'il est loin de croire que c'est en concentrant les plus grandes forces influentes du milieu qu'un grand disque verra automatiquement le jour. Mais il est néanmoins tout naturel d'affirmer que le chanteur dispose d'un sacré pouvoir d'attraction dans la musique grand public et qu'il connaît parfaitement les conditions du secteur dans lequel il évolue.