
Pas simple de ne se concentrer que sur la musique lorsque l'on s'attaque à une chronique du Roi Heenok. Vous n'avez qu'à vous rendre sur le net pour vous en convaincre. Entendue depuis peu en France (2004), l'ascension de ce rappeur venu du Nouveau Monde reste un véritable mystère ! Canular pour certain, Le Roi assure, depuis la genèse de son buzz sur la toile, qu'il bénéficie d'un crédit fort au Québec... Pourtant, au Canada, sa notoriété semble quelque peu exagérée. Prétendument grand dealer de drogues outre-Atlantique, millionnaire et adorateur d'un style de vie bling-bling, strass et paillette, le Roi compte bien convaincre et séduire le public français. Alors, le Roi Heenok, nouvelle star francophone du rap ?
Pas vraiment à vrai dire. Et c'est là que le bât blesse... Peu habitué a se faire comprendre de son auditoire lors de ses différentes interviews, le constat est similaire lorsque la musique couvre sa voix. Même si cela semble plus digeste. Une syntaxe douteuse, des expressions curieuses et des thèmes que l'on a du mal à cerner. L'album commence sur une note agréable puisqu'un sample de Barry White ouvre le bal et laisse entrevoir de bonnes choses. Mais les choses se gâtent. Vous Fournis la Came ne recèle que trop peu de bons moments, Le Roi s'enfermant dans ses expressions plombantes, « T'entends », « ça se passe han ! », « tas de pute... » et des phases venues d'ailleurs : « trop de nos rappeurs sont piétons, pas assez de CL600 sont garées, alors qu'est ce qu'il faut faire ? Appeler mon camarade Hugo Chavez et importer plus de cocaïne, plus de cocaïne... ». On se pose néanmoins des questions lorsqu'il se permet de lâcher, « tous ces rappeurs homos comme Sinik qui vous apporte de la variété, moi je continue à tirer dans la foule... » sans réellement offrir une rime efficace et cinglante...
Néanmoins, si l'on dépasse ce son monocorde et ses thèmes creux, Le Roi Heenok peut étonner. Sa nonchalance cache parfois une faculté à accélérer et capter le beat pour le dompter à sa manière. Dépensez vos budgets nous le démontre. Vingtième degré assumé (on l'espère...), sur un son détente teinté de soul et de jazz, le King de la rive Sud incite les gros à miser sur lui : « c'est le temps pour que les grands me paient, c'est le temps pour que 50 Cent me partage un million, c'est la chance pour Damon Dash (...) ou Jay-Z de reprendre l'industrie avec le Roi Heenok c'est garanti!... ». Vous l'aurez compris, apprécier Le Roi Heenok n'est pas si difficile, il suffit de savoir l'écouter (Pour ceux qui doutent encore, écoutez Fidèle à Chacune d'Elles... juste énorme).
Le regret principal est que la plupart des gens qui vont écouter l'album vont se focaliser sur le peu de consistances et l'aspect comique de cet opus. Certains titres ont également bénéficié de sample peu adapté ! Comme La Coka Coka sur lequel Liberian Girl de Michael Jackson n'a réellement pas sa place ! Des choix douteux donc, un fond qu'il faut sans cesse décrypter et des expressions qui alourdissent l'ensemble... Un album à réserver aux fans... (...)