
Quand on parle de la scène rap de Detroit, on entend parler bien sûr d'Eminem, de ses D12, Royce Da 5'9...
Pourtant dans un style bien plus méconnu persiste le groupe Slum Village, que l'on pourrait classer parmi les Soulquarians. Pour son 3e album (officiellement), le groupe en est aussi à sa troisième transformation. La formation originelle est Jay Dee, rappeur et metteur en son, Baatin et T3. Sur Trinity, Jay Dee laisse à la place au très doué Elzhi et désormais le trio est devenu duo puisque Baatin a fait ses valises avant la conception de Detroit Deli. Reste donc T3 et Elzhi.
Young RJ signe une bonne partie de l'album, ce qui permet de rendre le produit plus homogène, une ambiance bien spécifique : un mélange de rap/soul dans la lignée des précédents albums, un brin plus 'street'. Les 2 MCs sont toujours aussi surprenants, Elzhi excellant par ses lyrics recherchés et T3 par son flow communicatif et syncopé. D'ailleurs ils ne sont pas là pour représenter brièvement Detroit mais la présenter sous un angle plus imagé, la visite touristique peut commencer.
Kanye West avait ouvert le bal avec son chanteur John Legend sur le splendide Selfish, reprenant pour l'occasion une boucle d'Aretha Franklin. Une belle ode au sexe féminin, qui est le principal thème de l'album. On dit toujours que les femmes sont la première source d'inspiration. Le crooner Dwele donne aussi du charme sur deux chansons bien 'nusoul' (Closer et Count The Ways), histoire de donner un plus aux propos des deux Slum V. Bon chic, bon genre.
Cependant, le départ de Baatin a fait perdre un petit quelque chose à Slum Village, on ressent moins ce côté plus conscient et plus spirituel. Mais pas le temps de s'apitoyer dessus, surtout quant Dirt McGirt alias ODB apporte son grain de sel sur Dirty. L'instru est transcendent à souhait et la musicalité des flows s'accorde à merveille. Les relations avec J Dilla sont toujours au beau fixe puisqu'il signe la production de la tuerie Do You, reprenant le beat de Bounce to the Ounce de Roger Troutman. Jay Dee rappe aussi sur Reunion histoire de se rappeler du bon vieux temps.
Les frivolités font place à la dure réalité, avec un soupçon de mélancolie (The Hours). Detroit a une face bien charmeuse quand on la voit comme une belle femme mais dont la vie reste les pieds et poings liés au bitume. Au passage une chanson pour les Detroit Players avec It's On. Naturellement, Detroit Deli n'est pas le meilleur opus de Slum Village, à cause de détails qui font que la richesse est un tant soit peu diminuée : manque de sujets plus variés, productions moins soulful qu'auparavant,... Mais même réduits à deux, les péripéties de T3 et Elzhi continuent et pourront continuer grâce à leur générosité et leur amour pour la bonne musique. Un album des SV est toujours un délice.