
Rappeur dans la bourgade de Nashville, Tennessee (ça sonne comme la chanson de Dorothée), Young Buck commence à faire ses classes vers 2001 en signant chez UTP, le label de Juvenile. Sort alors discrètement son premier album solo (et oui), ‘Born To Be A Thug' en 2002. C'est de fil en aiguille qu'il rejoint le G-Unit en 2003 en ‘remplacement' (entre guillemets) de Tony Yayo. A côté de 50 Cent et Lloyd Banks sur "Beg For Mercy", on ne donnait pas cher de sa peau. Il s'en sort tout de même avec un morceau solo ("Footprints"). Une mixtape plus tard ('Da Underground Vol 1') et après le succès de Banks, au tour de Buck de briller avec Straight Outta Ca$hville. Et la surprise vient peut-être de celui dont on attendait le moins. Le 4e G-Unit a une place à part parce que venant du sud, il faut s'attendre à un album typé Dirty South, mais pas trop. Moins lyrical et soporifique que Lloyd Banks, moins glamour et extravagant que 50 Cent, à vous de faire votre tiercé dans l'ordre.
Ce qui a de bien avec cet album, c'est que presque chaque morceau a sa propre particularité, son propre intérêt. Le ton de l'album est donc sudiste sans se perdre dans de la soupe de crunk facile, bien au contraire, il sonne un peu blues, ce qui confère une ambiance spécifique et recherchée. Nous avons eu droit au premier single "Let Me In", sorte de "In Da Club" bis version south, histoire de mettre dans le bain pas mal d'auditeurs. 50 Cent et Sha Money XL sont les producteurs exécutifs de l'album, c'est naturellement qu'on entendra 50 faire quelques refrains maisons ("I'm A Soldier") et Bonified Hustler, où Tony Yayo offre un des meilleurs couplets de l'album. Ces deux morceaux sonnent particulièrement ‘G-Unit', gangsta (obligé) et Young Buck se démarque plutôt avec son flow plus communicatif. Lloyd Banks assure ce qu'il faut sur le superbe "Prices On My Head", décrivant les machinations du rap game dont les deux rappeurs sont plus ou moins victimes.
Un autre point fort de l'album : l'absence de très gros producteurs. On compte une production de Denaun Porter (Look At Me Now), lui aussi faisant ses refrains chantés nous laissant un peu perplexe, et quelques autres de DJ Paul & Juicy J des Three 6. Fatalement, Lil Jon se devait de faire un morceau sur ‘Straight Outta Cashville', et signe (encore…) un tube : "Shorty Wanna Ride". Les autres portent encore des pseudos inconnus. Ne cherchez pas du texte ultra pensé, mais plutôt dans le style déjà entendus maintes et maintes fois. N'allez pas, par contre, penser que ces deux tracks font office d'intrus, parce qu'ils collent très bien à l'atmosphère générale de l'album. Dans le genre ‘déjà entendus' (pour certains), "Bang Bang" sample un peu grossièrement Nancy Sinitra (sur la BO de Kill Bill vol 1), même si toutefois Young Buck s'en sort en mêlant un fatalisme propre au thug et ses malaises vis à vis de Lui (notez la majuscule). On pourrait lui trouver un peu de Tupac chez ce mec. Son pote de quartier D-Tay le rejoint sur "Taking Hits", et la nouvelle recrue de Shady/Aftermath, Stat Quo ("Walk With Me"). Un point important à savoir, c'est que Buck assure aussi ses propres refrains, et même très bien, comme tous les autres membres du G Unit d'ailleurs : faciles à retenir et efficaces.
Après, on passe aux choses sérieuses avec des grosses bombes, terme à prendre avec ambiguïté. Deux up tempos sudistes, apparemment traditionnels, "Welcome To Tha South" et "Stomp". Sur la première, on trouve David Banner et Lil Flip… qui défend son titre de rappeur South et envoie implicitement des piques envers T.I. qui se trouve, lui, sur la 2e track citée ! Et ce n'est pas fini, puisque T.I. et Ludacris, aussi en plein beef, se renvoient la balle furieusement sur "Stomp"*. D'ailleurs Luda a le dernier mot : « Stay off the T I P of my dick ». C'est chaud… En ce qui concerne les autres morceaux solos ("Black Gloves", "Do It Like Me"), le niveau baisse un peu, pas que Buck doit être assisté, mais qu'il a quelques faiblesses niveau lyrical, qu'il compense par de bonnes prestations vocales. Quelque chose manque aussi, comme des featurings de 8Ball & MJG par exemple, ou mieux encore, son ancien mentor Juvenile.
En tout cas, Straight Outta Cashville est un bon album, certes sudiste par rapport à ses confrères, mais homogène dans le style et sans écart, un très bon point. L'autre bonne chose, c'est le côté plus ‘street' du rappeur par rapport à ses acolytes : peu d'incartades r&b, des morceaux moins clinquant et des bonnes rimes crachées à travers ses dents platines (comme le sera prochainement son disque). Étonnant n'est-ce pas ? Le G Unit a honnêtement assuré sur ce coup-là et arrive là où personne ne l'attendait : dans les valeurs sûres du Dirty South. Donc si certains ont été ramollis par Lloyd Banks, préfèrent la vibe sudiste et cherchent un style plus hardcore, Straight Outta Ca$hville sera susceptible de leur plaire.
*il semblerait qu'aux dernières nouvelles le couplet de TI ait été remplacé par The Game.