
Tableau inachevé
« Big L rest in peace » rappe Guru sur son hit Full Clip. Certains se demandaient « mais qui est ce Big L dans la chanson de Gangstarr ? ». Réponse : un talentueux MC, du moins il l'était puisqu'il nous a quitté en 1999, tué par balles. Il faisait partie du crew DITC (Diggin In The Crates) avec une autre pointure elle aussi décédée, Big Pun (RIP). Le ‘big' dans son pseudo est un préfixe qui n'a rien de hasardeux vu l'incroyable don de ce rappeur à la carrière très éphémère. C'est pourquoi, avec les moyens du bord, les derniers enregistrements de Big L ont été revus pour un ultime hommage sous forme d'album à titre posthume : The Big Picture, le tableau d'une carrière brutalement interrompue.
La spécialité de Big L outre son flow impressionnant était ses tempêtes de punchlines : un sens de la formule redoutable et rarement égalé de nos jours. Un petit freestyle dans un esprit battle/clash (98 Freestyle) suffit pour s'en convaincre. Et ce n'est que l'apéritif. Des morceaux phares : Flamboyant, comme l'aurait du être sa malencontreuse carrière de rappeur et Platinum Plus avec le grand Big Daddy Kane, comme aurait dû être sa discographie. Ironie de la vie … Deadly Combination est un duo létal doublement posthume puisqu'il invite en featuring l'icône de la Westcoast, 2Pac (RIP aussi). La question est de savoir si ce morceau a été enregistré avant leurs décès ensemble, où s'il ne s'agit que d'un simple ‘copier/coller'.
On notera la présence de DJ Premier sur certaines tracks, une affiliation de qualité. Côté featuring, on retrouve le meilleur des flows new yorkais, toutes générations confondues : Kool G Rap (Fall Back), Fat Joe (Enemy), Guru (Games), etc… Même si Big L suffit à lui-même, la présence de ces rappeurs donne encore un ‘plus' de poids à ce recueil. Ou peut-être est-ce aussi un moyen de compléter les couplets de Big L pour pouvoir machiner des morceaux. Quoi qu'il en soit, cela reste du très haut niveau, de la vraie rime de compétition. Dieu seul sait ce qu'il serait advenu du rap game aujourd'hui si des gens comme Big L seraient encore vivants… Et dire qu'il aurait peut être signé chez le Roc A Fella…
The Big Picture est à classer parmi les grands classiques new yorkais, à titre posthume. Dommage aussi que cette œuvre n'ait pas eu une mastérisation meilleure, histoire de donner plus de pêche et de fraîcheur au niveau qualité de son pour améliorer les prises de voix. Bon on chipote un peu. Si vous pensez sincèrement que vous écoutez tous les jours du rap de qualité, c'est que vous n'avez jamais écouté cet opus final de Big L. On dit toujours aussi que les tableaux ont plus de valeur après la mort de leur auteur.