
Les majors ne signant que très peu d'artistes rap français ces derniers mois, il est très difficile pour de jeunes talents de se faire entendre. Donc l'alternative, c'est créer des labels indépendants dans le but de concurrencer les sorties des grosses entreprises du disque ; et Dieu sait s'il en fleurit. Sky The Limit en fait parti, ayant pris parti de l'autoproduction pour ne pas être à la solde d'un rap français malheureusement de plus en plus formaté. Et le jeune artiste métis Diomay (prononcez « diomaille ») plante le drapeau avec ‘Mwen Ka, Galsen'.
Le titre de cet album, d'ailleurs traduit sur la pochette, en dit déjà beaucoup sur les origines sur ce ‘jeune garçon, tout ce qui a de plus banal' : moitié antillais, moitié sénégalais. Sur le morceau d'ouverture Qui Suis-je, reprenant l'instrumental de Through The Wire de Kanye West, est bien trouvé dans la mesure où le rappeur explique comment il est en arrivé jusqu'ici ; « chaque goutte de sueur/ c'est de l'argent qu'on dépense ».
Et vous serez étonné aussi de savoir que la majorité des productions sont assurées par Salif (IV My People) des Nysay. Encore plus étonné quand vous vous rendrez compte qu'elle sont bien conçues et vraiment originales. Sinon attendez-vous à entendre des instrus parfois pompés sur les prods cainris, mais pas du tout déplaisant tout de même. Bien que le flow de Diomay ne soit pas vraiment impressionnant, pour ne pas dire dans la moyenne, il se rattrappe très bien au niveau des punchlines. Binks continue et en impose, car le garçon est très ambitieux : il a faim de et soif de reconnaissance. Pour l'instant, Diomay effectue une bonne mise en bouche et pose les bonnes bases.
En plus de ça, sa lucidité et sa vision du rap actuel lui permettent d'attaquer tout en représentant, avec toujours cette rage et ses rimes qui foutent des grosses claques. Sur Street Crédibilité, il rappe « quand nous on par en freestyle/eux partent en live ». Il ne joue franchement pas les faux (L'Habit Fait Le Moine), ne cherche pas même pas à se donner des airs pour se vendre. Jusque là, on pourrait dire qu'il est irréprochable tant son discours est réaliste, intelligent et analytique. Mais malheureusement, comme il le dit dans Sous Estimé, « j'aurait dû être un tocard looser/celui même qui me snobe et puis me jalouse ». Le combat continue, pour percer à sa façon et avec ses petits moyens; c'est pourquoi critique aussi vivement la mentalité actuelle, genre je crache sur ceux qui réussissent. Et les textes et refrains nous rendent toujours aussi attentifs.
Quand on écoute Poésie, c'est là que l'on voit le vrai talent et potentiel lyrical de Diomay. Des rimes qui vacillent entre des propos incroyablement maîtrisés, jouant avec les mots et les métaphores pour donner un aspect parfois ludique à ses ‘paroles censées'. On reste vraiment accroché, ni même lassés d'écouter sa vision du monde actuel (contrairement à d'autres rappeurs bien trop rébarbatifs) sur Ca Part En Freestyle. D'autres morceaux continuent dans cette veine (C'est Ca La Vie), le bonhomme continue son chemin, parfois assisté par de bons collaborateurs comme Fredo et K Fear de La Brigade ou Nysay, pour ne citer que les plus connus.
Diomay s'affranchit alors d'un bon premier album, honnêtement une vraie claque. Textuellement très doué et musicalement, il s'en sort très bien malgré les faibles moyens, et c'est ça qui est vraiment remarquable. Un véritable coup de cœur rap français, en cette période très stagnante.
Chronique de Sagittarius