Date de sortie: Février 1999
Label: Interscope
On va d'abord commencer avec une petite histoire que tout le monde connait. Marshall Mathers, alias Eminem, est un blanc, blond aux yeux bleus. Un faux-blond en plus. Et dire que ce MC de Detroit misérable a signé sur le label de Dr Dre, Aftermath Records. Il faut dire, en 1999 le label inscrivait dans sa discographie deux bides : 'Dr Dre presents the Aftermath' et 'The Firm'. La signature d'Eminem est venue à point nommé pour relancer la machine. Et Dre va pouvoir enfin soigner le petit malade. Après quelques séances de studio thérapie, 'The Slim Shady LP' allait déranger le monde. Une bête noire sortie d'une roulotte, totalement imprévisible et incontrôlable allait se faire connaître très vite.
Malade oui, c'est le mot! Lorsque son alter-ego Slim Shady fait surface, Eminem se transforme en un véritable diablotin. Avec son premier tube "Hi, My Name Is" et son instru démente, on remarque bien avec une certaine fascination les soucis de personnalité du bonhomme de 26 ans: schizo, cynique, indomptable, chieur... il crache du venin sur qui il veut avec un flow complètement dingue. La bête est lachée! Eminem est devenu une sorte d'idole rap white-trash en moins de temps qu'il en a fallu pour décrire le phénomène. Avec au final, un statut de rappeur international, presque du jour au lendemain. Et j'en suis qu'au premier single!
Le Slim Shady ne cache pas non plus son dévolu pour les drogues un peu chelous ("My Fault"), en plus d'emmerder le monde entier ("Just Don't Give A Fuck"). Même son docteur finit par jeter l'éponge sur "Guilty Conscience": rien à faire, pas possible de le raisonner, faire le mal c'est bien. Véritable manipulateur d'humour noir, une partie de sa personne tient à rappeller à la jeunesse qu'il n'est pas véritablement un modèle de conduite ("Role Model"). De la débilité au génie, il n'y a qu'une légère nuance mais on penchera plutôt pour la 2e alternative, justifiée par des lyrics travaillés aussi bien sur le fond que sur la forme.
Eminem crache sur tout le monde aussi, sur sa copine, sur sa mère, sur les politiciens, et même sur le docteur tiens. Par contre, pas touche à sa petite fille, pour qui il concède une chanson assez glauque ("Bonie & Clyde"), d'où fut inspirée la pochette de l'album. Mais quand il est question de faire la fête, allons-y gaiement pour une petite sauterie sur "Cum On Everybody", traduisez "jouissons tous ensemble". On retiendra aussi "Rock Bottom" comme l'un, si ce n'est LE morceau de cet album de fou.
Bref Eminem est une personne complexe, sans être complexée, instable et dérangée. 'Slim Shady LP' est un pétage de plomb qui a le mérite d'être très sincère sombrement ironique. Avec des tripes pareilles, il ne peut en sortir que du meilleur pour parler du pire.






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