Drogue, ghetto, flingues, grosses voitures, putes, Champagne, liasses de dollars, Cognac, diamants, d'autres putes, platine, bijoux, fringues Gucci, crime, gangsters, encore des putes, toujours des putes et encore plus de billets... Vous en voulez encore ? Bienvenue chez Cash Money Records, 1998. Et chez CMR, qui commence à reprendre le flambeau de No Limit sur le devant de la scène South, Juvenile est roi. Epaulé par la team du label au grand complet (l'album est d'ailleurs sous-titré "Feat. Big Tymers, B.G. & Hot Boys"), et servi par Mannie Fresh qui assure la totalité des productions, Juve s'apprête à s'emparer du marché du rap US. Déjà présent et reconnu pour ses projets plutôt confidentiels, le Hot Boy défèrle avec 400 Degreez comme une tornade. Chaud devant.
Pour les intégristes du son New Yorkais, qui ne conçoivent le rap qu'à travers une batterie, un sample de jazz ou quelques notes de piano / violon, le choc va être rude. "Pire" que le son West Coast, celui de New Orleans se fout des standards, ignore les classiques et contourne les traditions. A travers cet album, Mannie Fresh s'impose comme le dépositaire du son du Sud, à base de beats bouncy et de sonorités synthétiques hypnotiques. L'architècte sonore de Cash Money impose son style comme un courant à part entière. Porté par l'énorme tube "HA", cet album propulse CMR comme le leader du rap US dans une période qui s'y prête bien.
Dix-huit tracks et autant d'OVNI, généralement imparables. "Gone Ride Wit Me" cartonne, "Welcome 2 Tha Nolia" (ft. Turk), sur lequel Juve représente son ghetto natal fait monter le ton avec une efficacité redoutable. Même constat pour l'impeccable "Back That Azz Up" qui met en scène Mannie Fresh et le gamin Lil'Wayne en plus d'un Juve survolté pour LE tube South d'alors. Complétement maître de son sujet, et en parfait accord avec le Consigliere Mannie Fresh, Juvenile démontre toutes ses qualités de rappeur. Il survole ce disque avec un brio étonnant, et fait jeu égal avec l'invité surprise Jay-Z sur le remix de "HA". Apothéose de cet opus, le superbe et terriblement bien nommé "Juvenile on Fire".
Avec un disque brûlant, le leader de Cash Money (avec B.G., à l'époque), met tout le rap game sous pression. Seules ombres au tableau, "Run for it" (sur lequel Lil'Wayne semble encore un peu jeune) ou quelques autres tracks qui, sans être mauvaises, ne se distinguent pas de l'ensemble. Gros succès commercial et artistique, cette solide entrée en matière place durablement la clique de New Orleans devant sa rivale de No Limit, et finit même de la pousser dans la pénombre. Les amateurs de samples finement ciselés et des beats old school pourront toujours se lamenter et faire comme s'ils n'entendaient rien, mais le Sud se dresse fièrement, pour imposer son style de plus en plus loin. Bouillant.
On n'est pas près de ne plus voir les covers (du pires mauvais goût qui soit) du label dans les bacs !
Raging Bull, aka Cash Money Soldier






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