Il est toujours périlleux et jamais simple de donner naissance à une suite, surtout lorsque vous avez vous-même créé une œuvre laquelle les amateurs de votre art parleront des années et des décennies plus tard. Nas est de cela, prisonnier de son acte, d'avoir dévoilé au monde entier un classique parmi les classiques, un chef d'œuvre quasi parfait et reconnu de tous, Illmatic. Le monde venait alors de découvrir ce que le Hip Hop pouvait enfanter de mieux avec cet MC hors-pair, pour ne pas dire le plus (sur)doué de sa génération, encore à l'aube de sa jeunesse. Avec un tel poids sur les épaules, autant dire que la présentation d'un second album est servie par une attente, cumulée à la pression, qui au final ne pourra qu'être meurtrière ou salutaire. C'est fatalement le genre de défi que tout grand artiste se doit d'affronter un jour, un cap à franchir qui déterminera oui ou non une capacité à prendre en main sa carrière, gage de longévité et de créativité.
Et l'impatience, le doute du public en 1996 quant à la venue de It Was Written, est soulagée avec la prise de connaissance du premier morceau « If I ruled the world (Imagine that) », une chanson qui traversera l'Atlantique, et dont la mélodie est mise en valeur par la voix suave de Lauryn Hill des Fugees, faisant un tube efficace mais pas sans qualité. Et c'est cela la nouveauté à vrai dire, Nas entre dans sa phase "mainstream", en embrassant un public plus large avec la vision d'un monde parfait selon lui. Et pour ce qui est de l'accessibilité, il ne fait aucun doute que « Street dreams » vous aura au moins fait danser quelques pas, avec ce refrain inspiré de « Sweet dreams » des Eurythmics. Pour l'histoire, ce courant musical sera utilisé parallèlement sur le très célèbre « All eyes on me » du regretté 2Pac, ce qui leur a valu à l'époque quelques discordes. Si la touche sonore ne sonne plus comme celle qui était présente sur son Illmatic, la plume du poète est toujours présente, l'encre coulant sans défaut comme se laisse lire ses vers sur « The message », morceau très bien produit par le duo Trackmasters (à l'éxécutif d'ailleurs), inspirés par une mélodie (non-créditée) de guitare samplée chez Sting en lui rajoutant une sauce plus mafieuse.
D'ailleurs Poke & Tone y reviendront avec le grandiose « Shootouts », morceau majeur de l'album à la lecture des couplets de Nas, narrant avec un flow d'une justesse et d'une précision peu commune. Ceux qui ne souhaitaient qu'entendre l'empreinte de Dj Premier ont pue être aux anges sur « I gave you power » qui enlace le flow avec le beat. Certes un cran en dessous de ses précédentes réalisations pour Nas pour les puristes. D'ailleurs l'équipe de producteurs a bien changée : pas de Large Pro, Pete Rock ou Q-Tip. Est-ce pourtant un mal ? Quand vous écoutez « Take it in blood » produit par le Live Squad, vous vous dites que non bien évidemment : un beat brutal serti d'une ligne de basse sombrant dans les bas-fonds et un phrasé calculé. Nas est toujours le même assassin sur la toile musicale, référençant les plus grands de New York à l'époque, particulièrement les vedettes de Queensbridge que ce soit Capone-N-Noreaga, Havoc & Prodigy des Mobb Deep, Cormega, AZ... Et la surprise vient certainement de « Nas is coming », une chanson troublée par l'herbe et hypnotique, produite par le géant californien, Dr Dre. Il faut dire que les deux protagonistes étaient en vogue, et cette connexion était étonnante du fait de la rivalité montante entre East/West. Mais qu'on se le dise, il n'était pas improbable de voir ces deux artistes travailler ensemble. Et les collaborations, ce n'est pas ce qui manque, comme le démontre l'incontournable « Affirmative action » (produit par le méconnu Dave Atkinson), qui réunit à elle seule AZ, Cormega, Foxy Brown… la crême de NY formant le quatuor The Firm sur 4min 19sec de pur bonheur. Mais beaucoup se souviennent évidemment de la version 'française' de ce classique rap, avec le fameux featuring des NTM.
« The set up » (produite par Havoc) confirme le niveau, Nas en présence du duo Mobb Deep, un pur concentré de vers fabriqués dans les ruelles de QB. Le moteur de Mobb Deep, Havoc fera mouche par deux fois, produisant l'énorme « Live nigga rap » avec cette atmosphère typiquement lugubre, auquel il n'en faut pas moins à Prodigy pour enterrer tout assaillant. Pour ce qui est d'un autre producteur non sans talent, le dénommé L.E.S fera sensation avec le titre « Suspect », qui ne pourra mettre que Nas au sommet de son art. Avec son lot de morceaux scintillants, comment ne pas être ravi par le travail exécuté par Nasir Jones, ayant su s'entourer d'une équipe différente, d'être armé d'invités qui portent le projet au plus haut point. Peut-être moins impressionnant que Illmatic, It Was Written n'a rien à envier à son prédécesseur, cet album est arrivé deux ans après, il n'aurait pu jamais exister. Nous pouvons qu'être rassuré par ce second effort, imposant Nas un peu plus dans son statut de l'un des meilleurs rappeurs/lyricistes jamais connu.
- Revu et mixé par Sagittarius -






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