Trop peu veulent bien s'en souvenir, mais Doc Gynéco n'a pas toujours été l'affreux molusque affublé de tous clichés qui lui collent aujourd'hui à la peau, ni le triste représentant d'une jeunesse banlieusarde dans les émissions d'un service public affamé de sensation et prompt à instrumentaliser un artiste désireux de s'émanciper et de franchir les frontières que sa musique aurait voulu lui imposer. Mieux, après avoir rafaîchit le rap français dès sa Première Consultation, le Gynéco nous proposait sa propre compilation chez Virgin Rue. Liaisons Dangereuses était audacieux, sombre, désanchanté et riche. Mieux vaudrait ne pas l'oublier.
Les Liaisons Dangereuses, c'est avant tout l'apogée du style de Doc Gynéco. Et même lorsqu'il n'est pas présent parmi les interprètes, chaque track respire la désinvolture de l'hôte de la compilation (qui resemble bien plus à un album qu'à une collection de titres). "Dangereuse liaison" donne la part belle à l'excellente et inattendue rencontre de Calbo (Ärsenik) et de Rockin' Squat (Assassin), tandis que "Janis" constitue le premier fait d'arme du virulent MC Jean Gab'1, bien mis en scelle par Gynéco. Les combinaisons sont plus ou moins risquées, mais toutes fonctionnent et nous transportent dans un ensemble à l'âme vaguement nostalgique, et doucement contestataire. Le Secteur Ä s'en tire évidemment avec une présence majeure, et se frotte astucieusement à d'autres écoles du rap français. C'est ainsi que la Mafia Trece apparaît à plusieurs reprises (dont la belle préstation d'Aspeak sur un "Menuet de qualité).
Si les invités sont à la hauteur de l'évènement, force reste de constater que Doc Gynéco, malgré une présence toute relative, garde la main mise sur ce projet ambitieux, et s'offre quelques plaisirs personnel non moins osés. Il se fait badin sur "L'Or et la Soie" (avec La Clinique), puis convie Catherine Ringer sur l'aigü "Paranoïa". Liaison dangereuse, et surprenante. Voilà qui colle diablement aux titres sur lesquels Gynéco joue la carte de l'insolite avec une facilité dérisoire. C'est bien sur le constat qui succède à l'écoute du superbe trio entre le Doc, Calbo (décidémment très présent et efficace) et la surprise du chef, Renaud (qui reprend son pamphlet adressé vingt ans avant à une société française qu'il répugne). L'opus se termine une touche mythique, ou le duo incensé entre Gynéco et Bernard Tapie, pour le pies-de-nez "C'est beau la vie" (notez d'ailleurs la finale tout en reserve et en envolée contenue de notre "Nanard" national, qu'on sent prêt à lâcher la pression à tout moment !).
Décidément très inspiré, Doc Gynéco s'offre avec cet opus un grand moment de musique, rempli de titres mémorables. Plus fort encore, il flirte avec les influences venues d'ailleurs et joue sur la corde sensible sur la perle "L'homme qui ne valait pas dix centimes". Pour tous ceux qui l'ont connu au moment de sa sortie, mais aussi pour les curieux qui décideront de le découvrir aujourd'hui, cet album hybride, peut-être plus personnel qu'un solo, restera comme la meilleure livraison du Doc. Plus abouti et plus mûr que son premier album, Liaisons Dangereuses aurait du marquer les esprits. Malheureusement, beaucoup ont préféré se formaliser sur la personnalité controversée de son auteur. Tant pis pour eux.






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