Kool Shen et Joey Starr, Joey Starr et Kool Shen. Deux noms qui restent forcément ancré dans la tête de toutes les personne qui ont écouté du rap français avant que celui-ci n'investisse les radios sous sa forme la plus aséptisée. Pas de complaisance, pas de demi-mesure, loin des discours consensuels des chanteurs rattrapés par les impératifs de l'industrie du disque, et à des milliers d'années lumières du politiquement correct, c'était ça, l'esprit NTM. "Au dessus des lois je bâtirai mon toit". Fort d'une discographie solide et respectée, le groupe est "Back dans les bacs" en 98, avec des ambitions encore revues à la hausse. Il s'agit cette fois d'imposer le style NTM à l'ensemble du public français en frappant fort, et de marquer une arrivée à mâturité pour un duo vieux d'une petite dizaine d'années déjà (à l'époque).
Avec ce quatrième album, NTM prend effectivement une nouvelle dimension. Après une "Intro" qui sonne le réveil de la bête, planquée dans les bas fonds de la capitale, Kool Shen et Joey Starr, pleins de fougue et le verbe haut, annoncent leur retour en force dans le rap game. Une entrée en matière musclée, qui rappellera aux fans les plus belles heures du groupe. Sur "Laisse pas trainer ton fils", l'un des plus gros tubes de cet album, les deux compères (sur une production de Sulee B Wax) laissent parler leur expérience d'adulte en tenant un discours aux antipodes de leurs débuts. Plus mûrs, plus réfléchis, moins provocateurs, ce NTM surprend un peu les détracteurs du groupe qui n'avaient compris dans le message que le provocateur "Nique la police". Cette tendance se vérifie sur l'excellent "Pose ton gun", qui éxorte les jeunes à employer d'autres moyens de se faire entendre et respecter que la violence, et surtout à ne pas se tromper de combat. Toujours d'actualité.
Dans un style plus proche de l'esprit auquel on s'attend de la part de Kool Shen et Joey Starr, des titres solides et puissants tels l'énérvé "On est encore là" (part I et II), "Odeurs de soufre", ou encore l'énorme hymne du 93 "Seine-Saint-Denis Style", qui éxacèrbe énérgiquement la fierté de tout un département. Rejoints par Jahyze (d'Afrojazz), les deux acolytes se lancent dans un massif "C'est arrivé près d'chez toi", qui dresse un état des lieu rapide d'une société à la dérive, marquée par toujours plus d'injustice et d'incompréhension. Rempli à raz-bord de tracks superbement produites et intelligemment menées, cet opus, qui sera le dernier d'NTM, a nourrit une époque entière du rap français. Certains se souviennent peut-être qu'à cette époque, Skyrock (l'enemi public numéro un d'aujourd'hui...), faisait tourner en boucle 4 ou 5 titres de cet album, simultanément. Parmi les titres les plus emblématiques et les plus influents de ce disque, le tube par excellence "Ma Benz", produit par la future colonne vértébrale du BOSS (Joey Starr et DJ Spank), avec un featuring mythique de Lord Kossity, et un thème tendancieux et sulfureux.
Certains diront que cet album n'est pas le meilleur du groupe, et que ses prédécesseurs regorgeait de plus de hargne, qu'il était marqué par une lutte plus féroce. D'autres réaliseront qu'avec cet opus, son dernier, NTM a réussi le tour de force de se réinventer et de conquérir durablement le public français. Appuyé par des productions impeccables (dont le brillant "That's my people", par Sully Sefil), le discours raisonné du duo incendiaire gagne en impact sans perdre son intérêt. Une dernière aventure studio commune pour deux des figures les plus mythique de notre rap. Deux des pères fondateurs du rap français. Kool Shen le discret, et Joey Starr le furieux, ou le duo le plus complémentaire qu'on ait connu. Les deux ont aujourd'hui décidé de séparer leur chemins, sans éclats de voix. Kool Shen a raccroché le micro après un solo concluant. Joey Starr a semble-t-il définitivement mis de côté l'éventualité d'un disque personnel. De quoi nous laisser un certain goût de nostalgie de cette période dorée. Le chant du cygne, que cet album qui avait donné lieu à la tournée la plus monumentale à laquelle le rap français ait eu droit. Les vrais savent...






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