Confions-nous. J'ai toujours beaucoup apprécié le reggae, et surtout le ragga depuis que je les ai découverts, il y a quelques temps. Alors, dans une sorte de boulimie musicale, qui m'a conduit à écouter des dizaines (voire plutôt des centaines de disques) au cours de cette période, j'ai eu la chance de faire quelques rencontres anthologiques. C'est ainsi que je me suis trouvé il y a huit ans devant les bacs de la Fnac, à choisir parmi les nouvelles sorties du moment. C'est presque par hasard que je suis tombé sur ce The Doctor, de Beenie Man. Peu de connaissances à l'époque, mais tellement de volonté de découvrir et de m'abreuver de cette musique.
Moses Davis (son état civil) est un véritable artiste. Sa présence dans les bacs et sur scène, et la reconnaissance dont il bénéficie en Jamaïque lui ont permis de s'auto-proclamer Doctor, pour mieux rendre compte de l'expertise qui est la sienne dès lors qu'on s'aventure sur le terrain de la musique. Cet album, le dernier de Beenie sur son label d'antan (Jet Star) avant la signature en major (VP), fait office de référence absolue. Un disque plus solide que le marbre, pur diamant de talent concentré, pépite de maîtrise d'un art en pleine reconnaissance. Servi par des productions du Shocking Vibes Crew (dont Beenie fait partie), ou de Tony Kelly, entre autres, et sur des riddims de Richie Stevens, Lenky Mardsen ou encore du duo infernal Steely & Clevie, Beenie Man offre 14 plages de hautre volée à un auditeur forcément sous le choc. 14 titres, 14 tubes. Après un "Gospel Time" d'ouverture (qui comme son nom l'indique, démontre toute l'ouverture de l'auteur), arrive l'énormissime "Bookshelf" (sur le riddim du même nom), perle s'il en est. "The Doctor", "Better Learn" poursuive la lancée de ce début tonitruant. Pas le temps de souffler, Beenie est au sommet de son art. Chaque refrain est mesuré à la lettre et à la notre près, rien n'est laissé au hasard pour un rendu exceptionnel. "Pride & Joy", qui convie Jon B en très grande forme, est un hit monstrueux, ensoleillé et mélodieux. Moses toast et chante mieux que jamais, c'est remarquable. "Bad man nuh flee", qui rassemble les deux monstres du ragga de l'époque (soit Beenie Man et Mr Vegas), devrait convaincre ceux qui n'auraient pas encore franchi le pas : ce style est démoniaque, complétement contagieux et outrageusement fédérateur. Les titres suivants sont de la même veine, et rien n'est à jeter. Absolument rien. Rarement album n'aura été aussi précis. "Kingston Hot" ou "World Gone Mad" restent d'une efficacité chirurgicale. Beenie ne râte rien, ses refrains sont impeccables, et chaque fois plus catchy.Le tout s'achève sur le remix de "Tell Me" (ft. Angie Martinez), titre sexy pour les clubs, assez ravageur dans son genre.
Vous l'aurez compris, j'adhère entièrement et unanimement (à moi tout seul !) à l'art de Beenie Man. C'est vrai qu'à écouter The Doctor, la musique pourrait presque passer pour une science, tant la qualité fait systématiquement mouche. Un album imparable, qui devrait laisser des traces profondes dans l'esprit (et s'inscrire durablement dans le coeur) de ceux qui auront la bonne idée d'aller l'écouter. Pour ma part, plusieurs années après, j'en reste encore surpris, tant la démonstration est fatale.






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