Bounty Killer, Beenie Man, Capleton, Sizzla, Buju Banton, ou la plupart des "tenanciers" du ragga, commencent quelque peu à vieillir. Même si leur talent reste intact, force est de constater qu'ils occupent le devant de la scène depuis des années, et que la floppée d'albums à l'actif de chacun d'entre eux témoigne aisément de leur productivité autant que de l'empreinte qu'ils ont laissé dans leur catégorie.
Parmi les étoiles montantes du ragga, Vybz Kartel fait figure à la fois de favori, et d'épouvantail. Assez doué techniquement et à la plume plus aiguisée qu'un couteau de Marines, Vybz se plait à provoquer des beefs et des battles en tout genre, il provoque régulièrement bagarres et autres fusillades en fin de concert ou au beau milieu des shows. Pour la petite anécdote, le bonhomme s'est même plusieurs fois autorisé à grimper sur scène pendant le show d'une de ses cibles (Assassin par exemple) pour le noyer d'une pluie d'insultes, et éventuellement d'allumer la mèche pour quelques échauffourés. Vous l'aurez compris, comme quelques de ses cousins US, Vybz règne par la controverse. Ses lyrics ultra violents et sanglants à souhait lui ont plusieurs fois attiré les foudres des autorités de son pays. Vybz n'a pas que des amis, mais il s'en porte bien (merci pour lui !). Malgré son caractère bien trempé, Vybz sait s'entourer, et en plus de son bon ami Wayne Marshall (voir la chronique faite par mes soins), Kartel compte le producteur phare Don Corleon parmi ses fans et ses acolytes les plus fidèles. Ce dernier l'invite toujours sur ses riddims les plus hot, participant ainsi fièrement à l'omniprésence et au buzz surdimensionné de l'artiste.
Sur ce premier album tant attendu, Vybz est accomagné de ses collaborateurs pré-cités, mais profite aussi des plus gros riddims du moment. C'est le cas de l'Egyptian, sur lequel il pose le fantastique "Sweet to the belly", caractéristique de son style hargneux mais néanmoins assez glissant pour l'oreille. Quelques très gros titres, vraiment béton, pour appuyer la réussite de ce Up 2 di time : le solide "Badman Party", "Tattoo", "Bad Mind", ou encore "Pussy Jaw" (sans commentaire). Généralement très hardcore dans ses lyrics et dans son flow, Vybz Kartel apprécie pourtant les mélodies plus soft, notamment dans les refrains (domaine dans lequel il excelle tout de même moins que certains de ses confrères...). On retrouve donc des ambiances plus soft sur le formidable "Sen On" (quelle bombe !), "New Millenium" (ft. Wayne Marshall), les deux parties de "Why" (toujours avec Wayne), ou encore "Di way we roll".
Au final, une bonne surprise, ou plutôt pas de mauvaise surprise, pour ce premier opus signé de l'enfant terrible du ragga. D'excellentes tracks au final, et la confirmation de son statut de rookie sur la voie royale. Reste encore à Vybz la possibilité d'améliorer encore ses refrains (que je trouve souvent un peu en dessous des autres artistes, pour ma part), dans un style musical qui impose d'exceller dans ce registre. De belles promesses néanmoins, dans une catégorie poids lourds dès le premier combat.






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