Découverte par RZA, Kelis n'est qu'une jeune femme de 18 ans à peine lorsqu'elle se lance dans la musique en 1999, avec des idées plein la tête. Antithèse du conformisme, caractère bouillant et féminité affichée, look déluré (sa coupe de cheveux allant du jaune au bleu ou dégradé d'orange), il lui manquait juste une parfaite alchimie avec de producteurs ultracréatifs, susceptibles d'émuler l'accord parfait afin de créer tous ensemble un monde imaginaire. Une première expérience musicale qui bouleverserait les règles d'un r&b devenu sans saveur, en apportant fraîcheur et fantaisie grâce à la touche des Neptunes, qui réalisent eux aussi leur tout premier album, ce fameux Kaleidoscope de Kelis. Non sans risque.
Un chamboulement qui a débarqué sur les chapeaux de roue avec « Caught Out There », telle une furie imprévisible et incontrôlable qui criait rageusement sur le refrain un message haut et fort : « I hate you so much right now ». Un détail qui lui a valu le surnom d'égérie des Neptunes et une image d'effrontée, et ça lui va comme un gant. Les nerds Pharrell et Chad lui ont confectionné des instrumentaux sur mesure, à base de caisses claires, programmations de synthétiseurs en tout genre et d'autres instruments plus organiques (guitare sèche,...). L'entrée dans l'univers fantasque de cette fille arrivant dans le monde adulte se fait plus nettement avec « Good Stuff », qui nous présente Terrar (alias Malice des Clipse) par la même occasion. Rebelle dans l'âme, les mélodies candides viennent contenir Kelis dans ses joyeuseries bucoliques , avec un petit côteéscience-fiction complètement fun. « Roller Rink » est un peu le tour dans les montagnes russes version cyberespace, accompagné de Pharrell Williams au rap (sa première intervention officielle), « Game Show » perpétue ce délire de post-adolescente grâce à ces petits sons enfantins très accrocheurs. Le ton reste positif ainsi que le message qui va avec, « Ghetto Children » (feat N.E.R.D. & Marc Dorsey) est le parfait exemple de candeur et d'enthousiasme, un sourire grand comme ça.
Grand moment de mélancolie et de nostalgie lorsque Kelis ouvre la boîte à musique « Suspended », partageant son désarroi, sa tristesse, cet état dépressionnaire qui fige le temps et l'espace. À cœur ouvert, elle va jusqu'à avouer le désespoir provoqué par sa quête de l'inaccessible sur « Get Along With You », dont le rythme percutant ne fait qu'accentuer la dûreté de ce sentiment d'impuissance. Plus alerte, « No Turning Back » sonne comme un ultime avertissement, les guitares soniques en fond (un peu à la « Lap Dance ») renforcent cet effet de suspens au dénouement incertain. Les meilleurs exercices de style restent le trip sur « Mars », up-tempo intersidéral où notre petit bout de femme se prend pour une rock star, ou bien le duo final « Wouldn't You Agree » avec Justin Vince. Dans tous les cas de figure ou d'acrobatie, Kelis est à l'aise sur tous les plans, sa voix planant sur les airs synthétiques, entre les kick/snare neptuniens qui font leur réputation.
Kaleidoscope est une machine qui fait rêver, avec ces effets d'optiques multifacettes, et cette magie faussement naïve, Kelis et les Neptunes la recréent en chansons. Sucré, salé, épicé, acidulé, coloré, grisé, l'ambiance sonore passe par tous les tons et tous les contrastes possibles afin que l'auditeur puisse les yeux fermés s'imprégner de cet anti-conte de fée avant-gardiste et définitivement décalé.






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