Mis sur orbite par le projet One Shot de la bande originale de Taxi 2 en 2000, Disiz La Peste n'en était pourtant pas à son coup d'essai. Associé à l'équipe Nouvelle Donne, grand fournisseur d'espoirs du rap français, l'ancienne moitié des Rimeurs à Gages (duo qu'il formait avec Fdy Phenomen) s'annonçait déjà comme l'une des sensations à venir dans un paysage hexagonal en quête de renouveau. Doté d'un flow parfaitement articulé et d'une plume tout terrain, Sérigne M'baye (son vrai nom) avait à peu près tout pour imposer son nom en lettre de noblesse, et avec ce premier opus, il n'a pas manqué sa chance.
Le Poisson Rouge, c'est d'abord l'album de deux tubes parmi les plus marquants et les plus joués de l'époque. Avec le déjanté « J'pète les plombs », ouvertement inspiré du rôle de Michael Douglas dans Chute Libre, et qui raconte l'itinéraire renversant et renversé d'un homme désespéré que plus rien n'arrête, mais aussi à l'aide du single comique « Ghetto Sitcom » (une histoire de séduction entre deux jeunes de banlieues), Disiz s'est ouvert les portes des radios nationales. Porté par ce soutien de luxe et apprécié pour son humour et sa sagacité bien au delà des strictes limites du rap (les mauvaises langues diront d'ailleurs à tort qu'il a été un rappeur du grand public avant d'être celui des amateurs du genre…), Disiz, accompagné à la production par son compère JM Dee, s'est engouffré dans la brèche pour pousser son opus et faire valoir plus que sa capacité à raconter des histoires drôles de personnages familiers. Ainsi, avec « Le challenger », « Un scratch, un beat, un rap » ou encore « Klash pas quand même », il se montre furieusement Hip Hop et fait preuve d'une dextérité indéniable au micro. Animé, voire torturé, par les conflits sociaux et leurs conséquences, le rappeur dresse un portrait peu engageant de son pays d'adoption sur « C'est ça la France », sur lequel il passe en revue quelques clichés partagés sur le « Français moyen » et ses préjugés en compagnie de son acolyte Eloquence. Non sans humour, cette caricature soutenue par un air d'accordéon bien senti pour l'occasion tranche littéralement avec l'aigreur du titre « J'irai craché sur vos tombes » (ft. Taïro, l'un de ses compagnons de cordée pour Taxi 2. Ce récit inspiré de l'ouvrage du même nom de Boris Vian traite de l'éducation, de la désinformation et de l'incompréhension comme autant de vecteurs du racisme, mais aussi de la difficulté d'être métis et partagé entre des origines et un lieu de vie. Le constat reste le même lorsque résonne la sublime voix de Thione Seck pour un « Gnibi » en forme de déclaration d'amour de Disiz pour le Sénégal, pays auquel il consacre plus qu'une chanson, une partie de lui.
Encouragé par l'ensemble des familles du rap français, Disiz se positionne en héritier légitime de près de deux décennies de musique lorsqu'il accueille tour à tour Akhenaton (pour le terrible « Lyrics de gamin », qui établit le pont entre les générations, dans la musique comme à la vie) et Joey Starr pour l'enflammé « Rumeurs ». Cette faculté à rassembler, une bonne dose d'autodérision (« Fuck Disiz »), des thèmes graves ou profonds (« L'associé du diable », « L'avocat des anges »), des lyrics imagés souvent inspirés d'œuvres cinématographiques ou littéraires, ont fait de Disiz un rappeur passe partout, capable de chevaucher un beat pour une pamphlet véhément ou un récit bon enfant, aussi bien qu'enclin à représenter la parole des siens sur la scène publique. Le titre éponyme nous donne même les clefs de la compréhension d'un titre aussi atypique qu'entré dans les esprits. Disiz a vraiment pensé à tout.






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