Après un premier volet désormais légendaire et un deuxième à la qualité indéniable, revoilà les émulations sonores du poids lourd du box office, Taxi. Alors qu'on aurait pu s'attendre à une nouvelle collaboration entre les producteurs du film et Akhenaton (qui avait plus ou moins chapeauté les opérations jusque là), Luc Besson décide de miser sur le sang neuf, et surtout sur les grandes tendances du moment. On annonce donc une orgie de guests de prestige pour cette bande originale à sensation, produite par rien de moins que Kore & Skalp, DJ Medhi et les pontes US de la caisse claire, The Neptunes. Fini, donc, le temps des thèmes et des ambiances cohérentes, place au clinquant, aux regrets.
Les affaires commencent très mal avec l'indigeste « Qu'est-ce tu fous cette nuit ? » d'Humphrey et Busta Flex, véritable parangon de ce que le RnB français peut faire de pire lorsqu'il se télescope avec des intentions aussi mercantiles qu'indélicates. La tendance reste aussi superficielle lorsque Kayliah et Eloquence entonnent leur « Match nul », ou lorsque Dadoo et Leslie joignent leurs talents pour nous infliger l'insoutenable « Petite sœur ». Que dire, encore, à l'écoute des insipides prestations du tout aussi insipide Willy Denzey (l'affligeant « L'allumage »), ou de la punition auditive que nous impose Lara avec « Plus vite que jamais » ? Loin de ne sombrer que dans ses écueils RnB, la bande originale semble toucher le fond quand les Neptunes délivrent un beat inaudible à un Rohff bien mal servi (ce qui n'empêchera pas les ‘Tunes de recycler ce « Where's yours at » pour un autre fiasco, signé Ludacris, cette fois). Heureusement, tout n'est pas à jeter parmi les dix-huit titres compilés ici, comme ce bon morceau du 113, « 10 minutes chrono », ou la belle prestation en storytelling d'un habitué du genre : Oxmo Puccino avec le solide « Tarif C ». Booba et Nessbeal font bonne figure avec un « Tout c'qu'on connaît » fidèle au 92i du moment, quoi qu'un peu facile pour l'occasion. Les méandres artistiques de cet opus nous poussent toutefois à ne pas la jouer fine oreille, et des titres moyens comme ceux de Pit Baccardi (« J'accélère »), Costello (« Profite ») ou OGB et Intouchable (« Trouble ») passeraient presque pour des réussites dans un ensemble bien morne. A l'image du projet, Doc Gynéco apparaît mou et sans inspiration pour « Du spy dans l'air », qui clôture la tracklist sans panache. Perdu dans la masse, l'OVNI pop/rock des N.E.R.D., « Find My Way » passe inaperçu, pour ceux qui ne le trouveraient pas simplement hors de propos.
Terrain d'expérimentation pour des artistes peu concernés (les Neptunes en tête, qui ne rivalisent pas d'originalité lors de leurs apparitions), cette bande originale de Taxi 3 renie sans complexe les bonnes habitudes prises par ses deux prédécesseurs. La cohérence des BO des Taxi 1 et 2 est loin d'être reconduite ici, et la collection de tubes édulcorés manque clairement ses objectifs en se noyant dans la médiocrité évidente des productions, et surtout des intentions. Une bande originale fourre-tout, placée sous le signe du crossover bas de gamme, qu'il ne nous a pas fallu longtemps pour oublier.






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