Aujourd'hui, pour beaucoup, Sniper est un des nombreux groupes de rap français adepte du son "commercial" (i.e dont le seul objectif est de vendre), mais ces mêmes personnes oublient qu'en 2001 elles ont toutes écouté et réécouté Du rire aux larmes. Sniper, un quartet composé de Tunisiano, considéré par bon nombre de personnes comme l'un des meilleur rappeur français, Aketo et Black Renega aka Blacko, avec son style atypique entre rap et chant, sont irréprochables tant au niveau du flow que des lyrics, le trio accompagné de DJ Boudj (qui malheureusement aujourd'hui ne fait plus parti du groupe).
Tout d'abord comment parler de cet album sans évoquer l'énorme single « Pris pour cible » qui les révéla au grand public, et qui tourna pendant des semaines sur les stations de radio, un morceau parlant de la persécution que subissent les jeunes, avec un couplet de Tunisiano en arabe. Les deux autres chansons phares sont sûrement « La France », rendue tristement célèbre à cause du procès intenté par le député François Grosdidier (procès où ils furent acquittés au nom de la liberté d'expression) à cause de la phrase "On est tous chaud / Pour mission exterminer les ministres et les fachos". Un titre hardcore avec un Tunisiano en solo en très grande forme, nous livrant sa haine envers l'état. Le second extrait représentatif de l'album, c'est le mélancolique « Du rire aux larmes » résumant leurs hauts et bas de la vie, comme le dit la chanteuse du refrain "Je sais que c'est dur mais baisse les armes / Même si tu passes du rire aux larmes / Penses au futur la vies est pure et pleine de charmes".
Mais Sniper c'est également des bons délires comme « Le crew est de sortie », où nos trois compères se retrouvent en boîte pour fêter la sortie de l'album. S'ajoute « La rumba » aux accents latinos, avec la phrase d'Aketo qui résume très bien la chanson ("J'ai les chicos acérées / Surtout quand il y a des gos à serrer"), ou encore le très célèbre clash bon enfant arbitré par Blacko entre Tunisiano ("J'vous présente Aket' / Le nez pointu comme une fléchette / Et vu d'profil la superficie d'une raquette / Galbé comme une baguette / Il a un zen en acier trempé / Et son nom il le signe à la pointe de son nez") et Aketo ("A mes côtés Tunisiano aka Mâchoire d'acier / Quand il était encore marmot les tétines il les déchiquetait / Ses dents il s'les faisait sur n'importe quoi même du métal / C'est pour ça qu'aujourd'hui Tuni a les chicos en freestyle") qui se charrient sur leur physique. On y trouve également du story telling comme « Tribal poursuite », racontant nos trois rappeurs se faire poursuivre par une horde de skinheads neo-nazis armés jusqu'aux dents (avec comme mission "ne pas finir dans la Seine victime de la folie des fachos"), puis de l'égotrip sur « Sniper processus » avec comme mot d'ordre de faire "un concept différent".
Il y a également des morceaux traitant des thèmes plus graves comme la jalousie vis-à-vis de la réussite (« La sentence »), les « Faits divers », qui appelle au vote car "Aller voter c'est un droit et un devoir qu'on a" comme dit Aketo. Et encore sur « Faut de tout pour faire un monde », qui peut paraître cliché mais qui réussi très bien à montrer du doigt toutes les choses horribles de notre monde, mais bon comme ils le disent dans la dernière track « On s'en sort bien ».
Au final Du rire aux larmes est un premier LP excellent, passant par tous les registres du rap, un album qui a marqué toute une génération et a même fait aimer le rap à beaucoup de personnes. Dommage que les MCs aient (définitivement ?) changés de registre, avec Blacko qui fait désormais du reggae/ragga. Ce qui n'est pas pour déplaire au groupe car c'est une aubaine pour les refrains, et les deux autres bien moins incisifs dans leurs couplets. Mais le futur album solo de Tunisiano pourrait changer la donne avec un possible retour aux sources, nous ne pouvons que l'espérer...






Les dernières chroniques


