En l'an de grâce 2000, au sein d'un royaume rap français dans la force de son règne, la forteresse marseillaise constitue un bastion des plus valeureux. Férocement protégés par des guerriers de légende, les intérêts de cette contrée méditerranéenne n'ont eu de cesse de s'amasser sous forme de richesses éternelles, courageusement soustraites aux coffres forts des opposants. A la force du mic' et de la plume, les plus nobles serviteurs de la cause phocéenne se nomment le prince Akhenaton, le fantassin Freeman, la horde Fonky Family, les éclaireurs du 3ème Œil, ou encore le solitaire Def Bond et le druide Imhotep. Pour assurer la rigueur morale et la justice du lieu, deux chevaliers composent la Garde. La légende raconte que les deux frères de sang et de rimes avaient baptisé leur unité à l'occasion de la grande cérémonie des Chroniques de Mars, et que depuis, le peuple attendait avec espoir et émotion les péripéties d'un duo conçu pour entrer dans l'Histoire. Des années d'intrigue s'écoulèrent et puis…
Un jour, alors que le ciel s'assombrissait et que la tempête approchait à grand vent, le temps fût venu pour les deux ombres de disparaître dans la lumière. Sortis d'un sous-bois humide et baignée d'une pénombre oppressante, Faf Larage et Shurik'n, dissimulés sous des tuniques monacales, se fondirent dans la foule alors que l'époque était à la fête. Venus prévenir les habitants de Mars que la foudre pressait, ils se firent l'écho de la "Prophétie" auprès des leurs. Pris pour fous, les deux hommes durent révéler le secret de "La voix lactée" et du "Old man" pour saisir l'attention de la foule. Dans le tourbillon des réactions provoquées par leurs récits, Shurik'n et Faf Larage furent contraint à rentrer "Dans l'lard" des derniers indécis, alors que les puissants seigneurs du royaume, occupés à la "Ripaille" ignoraient tout de ce mouvement destructeur. "Déterminé", chacun des deux chevaliers l'était, et au moment de "La Cambriole", les regards étaient presque déjà unanimement tournés vers le duo. Faf Larage, puissant et sans état d'âme, fendait le crâne des traîtres démasqués. Sa lourde épée au côté droit, qu'il faisait tournoyer sans ménage avant de l'abattre sur le félon, il marchait sans opposition vers la porte du château ennemi. Empruntant le chemin "Parallèle", en léger surplomb de la cohue, Shurik'n infligeait de sérieuses pertes aux rangs adverses. Son arbalète déversant une pluie de flèches impitoyables à quiconque se dressait sur sa route, il allait d'un pas sûr, égal à son mythe. "Je me dois de représenter", répétaient-ils sous leur casque, la cote de maille maculée du sang de leurs victimes. Evinçant toute résistance du revers de leur gant d'acier, ils laissaient derrière eux nombre de corps sans vie, et d'âmes sans maître. La foule grondante et bondissante célébrait ses héros, en même temps que leur marche se poursuivait.
Enfin parvenues au chef des félons, les trajectoires des deux chevaliers se rejoignirent dans un éclat de métal. De hautes flammes transformèrent les réserves de blé du village en un fabuleux brasier, tandis que l'éclair vint terrasser l'objet de la rancœur, du casque aux poignets. Alors que le traître gisait, sans blessure apparente mais calciné sous son armure de félonie, Faf Larage et Shurik'n se retiraient sans triomphalisme, sous les regards respectueux d'un peuple face à son Histoire. Regagnant la quiétude exaltée de leur retraite, ils s'en allèrent sans se retourner, pour s'évanouir à l'orée des chênes millénaires. Aujourd'hui encore, alors qu'au village les héros ne se montrent plus guère sous leur habit d'antan, on raconte à la veillée "La légende des deux lames", à la lueur du foyer. Et si les enfants écoutent, les yeux brillants, un aïeul, de son côté, se remémore les heures de règne du royaume phocéen, parcourant d'une mémoire encore vive les vestiges d'une époque en sommeil. "A moi la garde", en appelle-t-il, comme pour conjurer les malheurs survenus depuis.






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