En plus d'être un artiste au talent maintes fois éprouvé, Akhenaton a du succès dans ses affaires. C'est sans doute l'ampleur de la reconnaissance dont il bénéficie qui a permis au leader d'IAM de se lancer quelques années en arrière dans un projet de film co-écrit et co-réalisé avec son ami d'enfance Kamel Saleh (et mettant en scène quelques uns de ses proches). Entrée en matière dépaysante pour un Akhenaton version 2000, plus ouvert que jamais à la diversité des influences, et tout disposé à partager sa passion dévorante pour la Soul via la bande originale de son film. Ainsi, si la version grand écran de Comme un aimant a suscité plus de curiosité que de passion, sa transposition sur disque demeure comme l'une des pièces maîtresses de l'œuvre d'Akhenaton.
Epaulé par le musicien spécialiste du genre dans l'écriture de cette B.O., Akhenaton livre ici vingt compositions originales mêlant les époques et les genres. Acquis à la cause Soul depuis toujours, le Marseillais convie de grands noms de la Black Music à s'illustrer comme à leurs plus beaux jours. Souvent méconnus du grand public mais unanimement acclamés par les auditeurs avertis, les hôtes d'AKH et de Bruno Coulais se nomment Millie Jackson (avec le superbe « Prisoners of Love » en duo avec un Shurik'n inattendu, ainsi que l'aérien « One Day My Soul Opened Up »), Gerald Alston (pour le très balancé et irrésistible « Sugar »), Isaac Hayes (et sa voix de crooner faisant des ravages sur « Is it really home ? »), ou encore The Dells (« You promised me ») et Marlena Shaw (pour le très Gospel « What's your answer »). Tirant des artistes invités le meilleur d'eux mêmes, la doublette aux commandes de l'opus effectue un travail d'orfèvre pour faire revivre la Soul des 70's et donner aux interprètes l'occasion d'éclabousser les jeunes auditeurs de leur talent. Cunnie Williams, offre pour sa part une prestation impeccable pour le single « Life goes on ». Plus étonnante encore, la présence du groupe de polyphonie corse Affrescu et de son OVNI « A Filetta » complètement incorporé à l'ensemble. Le chanteur Napolitain Mario Castiglia (déjà présent sur le morceau « La Cosca » de Métèque et Mat) apporte pour sa part le soleil (« Sta Voglia E'te ») et les lamentations contemplatrices du Sud de l'Italie (sur l'intense « Ammore Annascunnuto »), comme pour établir le pont entre les racines d'Akhenaton et sa maturité d'homme et d'artiste. Enfin, et puisqu'il représente un volet non négligeable de l'ensemble, le rap s'invite également à ce festin auditif. Malheureusement, si le duo Chiens de Paille livre une nouvelle pièce de maître (« Comme un aimant »), tout comme le véhément « J'voulais dire » du commandant de bord, d'autres protagonistes tels qu'un Talib Kweli desservit par un beat en rupture avec l'esprit de la BO, ou Bruizza manquent ici une occasion de ne pas collaborer avec leurs homologues européens. Restent les Psy 4 de la Rime (malgré un refrain somme toute assez déplacé eut égard au contexte) et K-Rhyme le Roi qui ne faiblissent pas, alors que Bouga participe vocalement au tube « Belsunce Breakdown » (qui présente la particularité d'être le seul titre audible de la carrière du luron marseillais).
Envolée, profonde, teintée d'une Soul originelle, cette bande originale relève de la prouesse véritable. Réalisée par des fans avant tout, cette collection de perle (qui vaut surtout pour son large versant Soul, donc) semble tout droit sortie des combles des années 70 pour ressurgir sur un disque, mêlant les influences et les genres avec succès et virtuosité. Trop peu évoquée dans le parcours d'Akhenaton, la bande originale de Comme un aimant demeure comme l'un des grands moments de sa carrière. Une sortie qui lorgne bien plus loin que le strict cadre du rap, et même du Hip Hop. Celle d'un artiste décomplexé et en pleine possession de son talent.






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