En 2002, alors que le Rap-Us se renferme dans les charts, arrive Boy In Da Corner. Après s'être fait un nom dans les radios pirates et raves, ce très jeune East-Londoner d'à peine 18 piges débarque, et on a rien entendu de la sorte.
La technique est simple : on appâte le public grâce à quelques singles accrocheurs pour le faire rentrer dans un album qui soumet l'auditeur. Boy In Da Corner est un voyage dans un compte de fée moderne, urbain, glauque, désabusé. "Jazebel" en est le parfait exemple, parcours de vie d'une princesse dont le cul s'est chargé de lui trouver sa place dans la société. Les propos sont désabusés, comme on l'a dit. Le plus déconcertant reste le jusqu'au-boutisme dans lequel semble avoir été réalisé l'album. Des synthés, des claps, des rythmiques qui frôlent l'épilepsie, un son froid, robotique, industriel sous un flow trépidant, entraînant mais dont on a du mal a suivre la cadence. Le désenchanteur "Brand New Day", le sur-trippant "2 Far", l'enivrant "Cut Em' Off", l'entêtant "Round We Go", l'insaisissable "Wot U On", le désaxé "Seems 2 Be", le symptomatique "Live O" harcèlent l'auditeur du début à la fin. L'écoute est pesante et trouve un écho dans la partie déviante de l'individu.
Mais malgré tout, de temps en temps Dizzee Rascal nous gratifie de quelques douceurs auditives de manière à ce qu'on ne sombre pas. Mais dans l'ensemble, on sent que le emcee est plus là pour imposer son savoir-faire que pour contenter la galerie. Tout simplement au lieu de sublimer le quotidien comme ses comparses américains Dizzee le recrache, le subi, le fuit. L'album n'est pas une échappatoire mais l'illustration musicale de l'angoisse et du désagrégement de nos sociétés modernes. MAIS ! le garçon dans le coin est capable de squatter la lumière sous les spots et d'en tirer l'un des morceaux les plus marquants de l'ère moderne du Hip-hop, lançant un 'OIIIIIIIIIII!' libérateur, le morceau reprenant le beat des beats du Hip Hop montre là que Dizzee est tout aussi capable de créer de l'engouement, de tirer l'auditeur vers le haut, le talent à portée de main. Et il faut noter l'aspect salutaire de morceaux comme "Fix Up, Look Sharp" ou "Just a Rascal" plus avenant, et qui permettent à l'auditeur de décompresser.
C'est le premier album le plus prometteur qu'on ait eu à écouté ces dernières années, on est d'un côté subjugué par le talent auquel on a affaire et de l'autre on ne peut avoir que du respect vis-à-vis d'un positionnement artistique peu avenant, qui rend l'écoute difficile alors que grâce à 2, 3 morceaux, il nous montre sa capacité à satisfaire un large public.






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