Dans les années 90 le rap français est en plein essor, mais en 1996 c'est un véritable ovni qui va venir secouer et marquer les esprits de tous. Un homme étrange avec une attitude hors du commun jusqu'à lors fait son entrée en scène avec un album qui reste encore aujourd'hui comme une référence majeure. Celui que l'on nomme Doc Gynéco est encore peu connu du petit et du grand public, ses seules précédentes apparitions se sont faite sur l'album de son ami Stomy Bugsy et son groupe Ministère Ä.M.E.R pour le titre "Autopsie" ou encore sur la BO de La Haine avec le sulfureux "Sacrifice de Poulet". Séduit par ses maquettes, Virgin lui donne sa chance pour un album solo. Et c'est à Los Angeles, que l'inspiration mènera Bruno Beausir, de son vrai nom, à la réalisation de son album. Ken Kessie, producteur de R&B/New-Jack entre autres, s'occupe de la production. Un enregistrement studio d'autant plus riche qu'il se fait avec de vrais musiciens, chose qui change des productions rap de l'époque.
Pas de taboo, attitude laxiste, manieur de flow, jongleur de mot, les textes du Gynéco sont le pur reflet explicite d'un jeune de banlieue qui parle de tout ce qui lui passe par la tête, c'est le Gainsbourg du rap francais comme on le surnomme! Sans attendre, il nous invite à venir le voir (surtout les filles) avec le morceau "Viens voir le docteur". Pas facile avec un nom pareil de séduire la presse, pourtant petit à petit les thèmes qu'il emprunte vont toucher le public. Sa marque de fabrique reste pourtant la provocation et le sexe. Il n'hésite pas par exemple à nous révéler ses fantasmes les plus intimes sur "Vanessa" avec qui il aurait bien aimé aller au Paradis du sexe. Mais il se contentera de nous faire part de son intention d'atteindre le "Nirvana", un morceau osé, contrasté entre sujet sensible qu'est le suicide et une musique qui semble pourtant paisible, relaxante. La barre de la provocation est placé haute, jusqu'à faire réagir ces messieurs de la justice qui veulent interdire sa diffusion sur les ondes, à cause de son refrain : "Comme Beregovoy, aussi vite que Senna/ Je veux atteindre le nirvana/ Comme Beregovoy, clic clic boum!"
Mais "Première Consultation" ce n'est pas que sujets qui fache et pornographie. Doc Gynéco parle dans cet album de tout ce qui lui tient à coeur. On connait son amour pour le foot et il nous le prouve avec un égo-trip intitulé "Passement de Jambes" sur lequel on aura même droit à une petite pichnette vocale de Basile Boli au début du morceau. Et là encore la plume est au rendez-vous, un florilège de jeu de mots alliant foot et rap : "Le kaiser du rap, le roi, le pape/ Mène l'attaque et les sponsors attaquent". Fils de Guadeloupéens, Doc Gynéco est "Né ici", à Paris. Mais ses pensées vont droits à son île, il nous fait sa comparaison de tableaux entre la Guadeloupe (tableau en couleurs) et Paris (tableaux noir et blanc teinté de gris). Il n'hésite pas encore une fois à nous parler de choses intimes, non pas de sexe cette fois-ci, mais de ce qu'il ressent : "Ma mère est née là-bas, mon père est né là-bas, moi je suis né ici dans la misère et les cris". Il ne s'arrête pas là, et va jusqu'à parler de son père sur "Tel père, tel fils": "Je suis comme dit ma mère, le sosie de mon père/ Un mec qui galère, qui fout sa vie en l'air/ Papa tu m'as mis sur la terre, dans la rue c'est la guerre".
La musicalité est soignée chirurgicalement par les musiciens, avec une ambiance G-Funk qui plane au dessus de chaque morceau. Un style encore peu adapté dans le rap francais, sauf si ce n'est deux ans plus tôt avec le duo Kayse et Sanders alias Reciprok qui nous livrait déjà quelques aires funky à travers leurs chansons. Dans "Première Consultation", le Doc Gyneco n'oublie pas de nous montrer qu'il sait rapper jusqu'à nous poser même la question "Est ce que ça le fait?" avec son compère Passi. Un rap où le flow est au rendez-vous. On le dit lent quand il parle, lent quand il marche, mais est il lent quand il rappe? Vous en doutez? "No se vende la calle" saura enlever vos doutes, un morceau sur lequel on peut trouver un Doc Gynéco en grande forme, sans oublier de citer la participation en espagnol de quelques rimes d'El Maestro.
Le Doc a un souhait, c'est d'être classer dans la varièt contrairement à d'autres. Alors il n'hésite pas à répondre avec "Classez moi dans la variét" à un certains groupe du Nord qui Transmet le Message qui eux clamaient plutôt que la varièt leur prenaient la tête. Pour ce fait il montre le paradoxe entre lui et eux : "Si la varièt te prend la tête/ moi dessus je fais la fête", "Le temps du Globo tu tournais sur le dos/ Et moi Bruno je me prenais pour Zico/ Tu dépouillais des doudounes et des casquettes/ Moi j'évitais les tacles et marquait d'une pichenette/". Cet album est sans aucun doute le meilleur album du Doc Gynéco, ses titres sont connu par tous, incontournables et vieillissent toujours aussi bien avec le temps : "Nirvana", "Dans ma rue", "Est ce que ça le fait", Viens voir le docteur",... Deux ans après sa sortie, "Première Consultation" s'est vendu à plus de 700 000 exemplaires. Aujourd'hui, il a dépassé le million en comptant les ventes des cassettes et ce n'est pas prêt de s'arrêter....
Mixée par Bobby_Milk






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