Pur produit de la grande époque du Secteur Ä et notamment révélé à la majorité par l'aventure Première Classe, Pit Baccardi n'en était pourtant à ses balbutiements à l'heure de sortir son premier opus éponyme. Elément gravitant dans la sphère Time Bomb, le Pit avait déjà éprouvé ses rimes et son flow à bien des reprises. Le passage des quelques traces freestyle à l'album solo relevait ainsi du véritable challenge personnel pour le rappeur de la Place des Fêtes, dont le nom devait bientôt s'écrire durablement aux côtés des meilleurs moments de cette grande période du rap français (1999).
Les doutes, les inquiétudes, les médisances, ou simplement le trac du saut dans le grand bain, Pit Baccardi éclipse toutes barrières dès les premières notes de son opus avec un révélateur « J'perds pas la main en solo », justement venu mettre les pendules à l'heures pour les plus dubitatifs. Pour la suite des évènements, et libéré de cette pression et des attentes, Pit varie les ambiances avec une facilité de vieux briscard. Des morceaux rentre dedans et oppressants, bercé par un égotrip bien ficelé (« Profession MC »), ou encore conscience brute et démarche introspective (« Si j'étais »), le rappeur de Première Classe met à profit toute sa panoplie pour convaincre. Le réalisme est de rigueur lorsque Pit convie IAM pour un « Trop peu pour qui ça paie » acide à l'égard d'un milieu du rap en forme de miroir aux alouettes, alors que la tension s'effondre quand les masques tombent : « Si Loin de Toi » présente un Pit démuni et à cœur ouvert, évoquant le manque suscité par la disparition de sa mère. « Carpe Diem » demeure dans cette tendance fataliste face à la vie, et relativise les choses du quotidien. Baccardi revêt plus tard sa tunique grivoise pour un « Sexcitations » interdit au moins de 16 ans. Avec beaucoup d'aisance, l'artiste transporte l'auditeur dans différentes atmosphères. Si le nerveux « Trafic d'influence » donne la cadence, le storytelling « Journée de dealer » apporte un apaisement certain dans la forme. Les tubes ne sont pas en reste non plus, puisqu'outre un « Si loin de toi » coqueluche des ondes radios, « On lâchera pas l'affaire » se taille la part du lion (indomptable) avec un Doc Gynéco appliqué et impliqué. Les Neg'Marrons y vont de leur refrain accrocheur et fédérateur sur « C'est plus fort que moi », avant qu'Ärsenik ne vienne clore les festivités avec un « Comme à l'ancienne » de circonstance.
Produit proprement par Djimi Finger, DJ Maître & Tefa, ou encore DJ Mehdi, Akhenaton (« la Rue ») ou Sulee B.Wax, cette première empreinte solitaire de Pit Baccardi dans le paysage rap français reste la plus tenace et la plus significative. Globalement maîtrisé, cette livraison conforte Baccardi dans son statut de sensation du moment, et installe la doublette Secteur Ä/Première Classe parmi les labels les plus prolifiques de son temps. La qualité étant au rendez-vous, l'auditeur nostalgique ne peut que regretter cette époque dorée, et se prendre à rêver d'une pareille dynastie aujourd'hui. A l'impossible, nul n'étant tenu, il nous reste à savourer les vestiges d'une période bien révolue.






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